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L'ex-trader français Jérôme Kerviel: ultime journée pour se présenter dans un commissariat

17/05/2014 10:00 EDT | Actualisé 17/07/2014 05:12 EDT

Jérôme Kerviel, ancien trader repenti de la banque Société Générale, a jusqu'à dimanche soir pour se rendre à la police française, qui la veille a attendu en vain qu'il franchisse la frontière franco-italienne d'où il a lancé un appel au président François Hollande.

Visage buriné et fatigué par deux mois et demi de marche à pied depuis Rome, Jérôme Kerviel n'a pas franchi comme prévu la frontière samedi en milieu d'après-midi à Vintimille, préférant rester côté italien à une centaine de mètres du territoire français.

L'ancien courtier aujourd'hui âgé de 37 ans, condamné à cinq ans de prison dont trois ferme pour des opérations ayant fait perdre 4,9 milliards d'euros à sa banque, a jusqu'à dimanche soir pour se présenter au commissariat de police de Menton. Au-delà, le parquet de Paris pourrait décider de décerner un mandat d'arrêt international.

"S'ils viennent me chercher dimanche c'est mon destin, c'est pas grave, je suis encore dans le combat, je resterai dans le combat", lançait, bravache, samedi soir Kerviel dans une ultime déclaration à la presse.

En cas de délivrance d'un mandat d'arrêt international, "ils peuvent venir me cueillir, je suis juste à côté", a ajouté Kerviel. "Je n'ai jamais voulu fuir", insiste-t-il.

Conseillé par une douzaine de stratèges de son comité de soutien, avec son avocat David Koubbi en chef d'orchestre, il a maintenu samedi le suspense avant de créer la surprise devant une cohorte de caméras.

Un groupe enthousiaste de sympathisants attendait samedi leur nouveau porte-drapeau à la sortie du dernier tunnel italien et non pas au poste-frontière français.

Venus applaudir et photographier un homme qui pourfend désormais les excès du monde de la finance, après avoir agi sans éthique morale avant sa chute début 2008.

A l'issue d'une courte marche depuis le centre de la ville-frontière italienne de Vintimille, il a demandé au président français de protéger des témoins clés du monde judiciaire qui connaissent bien son dossier. Ils sont "prêts à parler, mais ont peur pour leur poste", affirme-t-il.

"J'attends, côté italien, la réponse de François Hollande sur l'immunité que je demande pour ces personnes", a-t-il déclaré.

La présidence a répondu que si Jérôme Kerviel sollicitait une grâce présidentielle, sa demande serait examinée "selon la procédure habituelle", après "une instruction et un avis de la Chancellerie".

"Je ne demande pas ma grâce", a répliqué quelques heures plus tard Jérôme Kerviel, campant sur ses positions sous l'oeil des caméras.

"C'est une affaire d'Etat, où le pouvoir bancaire a pris le dessus sur le droit qui devrait s'appliquer à tout le monde", assène Kerviel, qui juge être une victime.

Son ancien employeur, la Société Générale, dénonce de son côté un "tapage médiatique" semé de mensonges, et rappelé que la justice a "confirmé sans équivoque" "la responsabilité pénale exclusive" de Jérôme Kerviel.

En octobre 2010, Jérôme Kerviel, jugé seul responsable de la perte subie par sa banque, avait été condamné à cinq ans de prison dont trois ferme (peine dont il a déjà purgé 41 jours en détention provisoire début 2008).

Le trader avait dissimulé (en introduisant de fausses données dans un système automatisé) ses prises de risques sur des produits financiers dérivés, entraînant une perte abyssale de 4,9 milliards d'euros pour sa banque.

Alors qu'il était aussi condamné à rembourser cette somme, la Cour de cassation a créé un coup de théâtre en mars en cassant cette obligation - tout en maintenant sa peine de prison. Une "victoire" qui a donné des ailes à l'ex-trader. Un nouveau procès au civil doit se tenir devant la cour d'appel de Versailles, près de Paris.

L'ex-banquier avait entamé sa longue marche depuis Rome le 5 mars après une rencontre cruciale avec le pape en février.

"J'étais face à un homme détruit", raconte, touché, Mgr Jean-Michel di Falco, à propos de sa rencontre à Rome il y a trois mois avec Kerviel. "Il m'a tendu la main et je l'ai prise comme je le fais pour d'autres", explique l'évêque devenu président de son comité de soutien et qui a célébré samedi une messe en son honneur dans une église de Vintimille.

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