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L'ex-trader français Jérôme Kerviel: dernière étape samedi à Menton avant d'être rattrapé par la justice

17/05/2014 07:01 EDT | Actualisé 17/07/2014 05:12 EDT

L'ex-trader français Jérôme Kerviel, symbole voici six ans des dérives qui ont mis à terre le système bancaire mondial, rentre en France samedi pour purger trois ans de prison ferme après un périple en Italie commencé par une rencontre avec le pape.

Deux mois après sa condamnation définitive pour des malversations découvertes en 2008 qui ont fait perdre 4,9 milliards d'euros à la Société Générale, la justice a enjoint à l'ancien courtier aujourd'hui âgé de 37 ans de se présenter avant dimanche à la police de Menton (sud-est).

Jérôme Kerviel laisse entendre qu'il répondra à cette convocation. Mais sa reddition est très médiatisée avec accueil du marcheur à la frontière franco-italienne par ses partisans - dont un évêque - samedi après-midi, après une lettre ouverte de son avocat au président François Hollande.

Car s'il s'est métamorphosé en repenti et en pourfendeur d'un système financier "amoral", Kerviel continue à se présenter comme un bouc émissaire commode permettant d'évacuer les responsabilités de la direction de sa banque dans le scandale.

"Le Parquet disposait de cinq ans pour faire exécuter ma peine", a-t-il relevé dans une tribune publiée samedi par le journal régional Nice Matin. "Je m'interroge sur cet empressement à me mettre à l'écart, bien inhabituel dans ce genre d'affaire. Suis-je donc un danger?"

"J'attends une réponse du président de la République" à la lettre de l'avocat, a-t-il ajouté. "Comprend-il, lui qui peut tout, que je ne suis rien dans cette affaire, sinon la victime de son ennemi?"

Durant la campagne présidentielle en 2012, François Hollande avait affirmé que son "ennemi" était "la finance".

Kerviel a été jugé seul responsable de la perte subie par sa banque.

Le trader avait dissimulé (en introduisant de fausses données dans un système automatisé) ses prises de risques sur des produits financiers dérivés, entraînant une perte abyssale de 4,9 milliards d'euros pour la Société Générale.

- "Quelqu'un d'ordinaire" -

Alors qu'il était aussi condamné à rembourser cette somme, la Cour de cassation a fait un coup de théâtre en mars dernier en cassant cette obligation - tout en confirmant la condamnation à de la prison. Une "victoire" pour l'ex-trader ruiné qui accuse sa banque d'avoir "menti".

Pour le nouveau procès au civil prévu à une date indéterminée, Jérôme Kerviel, qui a toujours affirmé que son objectif était de faire gagner de l'argent à sa banque, réclame une expertise indépendante des pertes enregistrées par son ancienne banque, ce qui lui a toujours été refusé par la justice.

"Je suis quelqu'un d'ordinaire, je ne suis pas fou", déclarait ce trentenaire aux allures de jeune premier dès 2008 aux enquêteurs. Il cultive ajourd'hui l'image du pèlerin marchant pour sa rédemption, s'extasiant de la "richesse" des hommes et femmes rencontrés sur son chemin.

Jérôme Kerviel a achevé vendredi à Vintimille, en Italie, une marche commencée à Rome le 5 mars, après une rencontre avec le pape François lors d'une audience générale en février.

Il doit passer la ligne d'un ancien poste-frontière désaffecté situé sur le bord de mer de Menton samedi vers 13h00 GMT, accueilli par son comité de soutien. C'est alors seulement qu'il dévoilera ses intentions, avait précisé vendredi soir son avocat, Me David Koubbi.

Son comité de soutien, très actif sur l'internet, compte dans ses rangs l'évêque de Gap et d'Embrun, Mgr Jean-Michel di Falco.

Il jouit aussi du soutien du ténor de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, qui défend "un garçon innocent".

"Au cours de ce périple en Italie, j'ai rencontré des gens qui ont souffert de la crise provoquée en grande partie par les banques", a-t-il confié. Dans Nice Matin, il annonce que ses soutiens continueront leur marche jusqu'à Paris "contre les dysfonctionnements du système financier et de ses acteurs".

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