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De l'Italie, l'ex-trader Jérôme Kerviel refuse de rentrer en France pour y purger sa peine

17/05/2014 11:16 EDT | Actualisé 17/07/2014 05:12 EDT

L'ex-trader de la Société Générale Jérôme Kerviel, symbole des dérives qui ont mis à terre le système bancaire mondial et attendu en France avant dimanche pour y purger une peine de prison, a décidé au dernier moment de rester en Italie.

Parvenu à la frontière italienne après un périple à pied de deux mois depuis Rome, Jérôme Kerviel, qui continue à accuser son ancienne banque d'avoir couvert ses agissements avant de se retourner contre lui, en a appelé au président François Hollande pour qu'il garantisse "l'immunité" aux personnes pouvant témoigner en sa faveur, dans la perspective du procès civil encore à venir.

"J'attends côté italien la réponse de François Hollande sur l'immunité que je demande pour ces personnes qui veulent parler", a-t-il dit aux journalistes, ajoutant, à propos de la police française, "s'ils veulent venir me chercher, qu'ils viennent me chercher".

Il se trouvait alors tout près de la frontière, à quelques dizaines de mètres du territoire français.

L'ancien courtier aujourd'hui âgé de 37 ans est le seul condamné dans le scandale révélé en 2008 et qui a coûté 4,9 milliards d'euros à la Société générale. Sa condamnation à cinq ans de prison dont trois ferme a été validée il y a deux mois par la Cour de cassation et la justice lui a donné jusqu'à dimanche 13H00 GMT pour qu'il se rende à la police de Menton (sud-est).

Parti à pied le 5 mars de Rome, après une rencontre très médiatisée avec le pape François à la faveur d'une audience générale, Jérôme Kerviel avait laissé entendre qu'il répondrait à cette convocation. Ses partisans s'étaient mobilisés pour donner le maximum de retentissement à son périple et à son retour sur le sol français.

Au fil des mois, Kerviel s'est métamorphosé en repenti et en pourfendeur d'un système financier "amoral", tout en se présentant comme un bouc émissaire commode permettant d'évacuer les responsabilités de la direction de la Société Générale.

Dans une tribune au journal régional Nice Matin samedi, il a rappelé à François Hollande ses paroles de campagne en 2012, lorsque le candidat socialiste à la présidentielle fustigeait son "ennemi", "la finance".

"Comprend-il, lui qui peut tout, que je ne suis rien dans cette affaire, sinon la victime de son ennemi?", a-t-il écrit.

Le trader avait dissimulé (en introduisant de fausses données dans un système automatisé) ses prises de risques sur des produits financiers dérivés, entraînant une perte abyssale de 4,9 milliards d'euros pour la Société Générale.

- "Quelqu'un d'ordinaire" -

Alors qu'il était aussi condamné à rembourser cette somme, la Cour de cassation a fait un coup de théâtre en mars dernier en cassant cette obligation - tout en confirmant la condamnation à de la prison.

Jérôme Kerviel, qui a toujours affirmé que son objectif était de faire gagner de l'argent à sa banque, réclame une expertise indépendante des pertes enregistrées par son ancienne banque, ce qui lui a toujours été refusé par la justice.

"Je suis quelqu'un d'ordinaire, je ne suis pas fou", déclarait ce trentenaire aux allures de jeune premier dès 2008 aux enquêteurs. Durant deux mois, il a cultivé l'image du pèlerin marchant pour sa rédemption, s'extasiant de la "richesse" des hommes et femmes rencontrés sur son chemin.

"Au cours de ce périple en Italie, j'ai rencontré des gens qui ont souffert de la crise provoquée en grande partie par les banques", a-t-il confié.

Son comité de soutien, très actif sur l'internet, compte dans ses rangs l'évêque de Gap et d'Embrun, Mgr Jean-Michel di Falco. Il jouit aussi du soutien du ténor de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, qui défend "un garçon innocent".

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