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Catastrophe minière en Turquie : fin des secours sur un bilan de 301 morts

17/05/2014 10:27 EDT | Actualisé 17/07/2014 05:12 EDT
AFP

Les secouristes turcs ont évacué samedi les corps des dernières victimes de la catastrophe minière de Soma, portant son bilan définitif officiel à 301 morts, sur fond de violentes critiques contre le régime du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan.

Au terme de quatre jours d'opérations rendues difficiles par les incendies et la présence de gaz toxique, les dépouilles de deux «gueules noires» encore bloquées sous terre ont été remontées à la surface par des sauveteurs et les mineurs, qui ont dans la foulée commencé à déserter les abords du puits dévasté.

«La mission de sauvetage a été menée jusqu'à son terme. Il n'y a désormais plus aucun mineur au fond de la mine», a brièvement déclaré sur place le ministre de l'Energie Taner Yildiz qui devait tenir une conférence de presse en fin d'après-midi.

L'accident de mardi, le plus meurtrier de l'histoire minière de la Turquie, a déclenché une vague d'indignation contre l'entreprise Soma Kömür Isletmeleri, accusée d'avoir privilégié la rentabilité au détriment de la sécurité de ses salariés, et relancé la colère contre le régime islamo-conservateur, soupçonné d'avoir couvert cette course au profit.

Vendredi, les forces de l'ordre ont violemment dispersé, à grand renfort de gaz lacrymogènes et de canons à eau, 10 000 personnes qui s'étaient rassemblées à Soma pour exiger la démission du gouvernement de M. Erdogan.

«Le charbon ne pourra pas réconforter le coeur des enfants de ceux qui sont morts à la mine», proclamait une banderole déployée par les manifestants.

Vingt-quatre heures après ces violents incidents, la situation était toujours tendue dans cette ville de l'ouest de la Turquie, quadrillée par d'importants effectifs de police.

Selon l'Association des avocats, au moins 36 personnes, dont 8 avocats, ont été interpellées samedi pour avoir tenté de faire une déclaration publique, en violation d'un ordre du gouverneur interdisant tout rassemblement.

Même s'il a promis de faire «toute la lumière» sur ses causes, M. Erdogan a d'ores et déjà imputé cette catastrophe d'un autre âge à la seule fatalité, balayant d'un revers de main toutes les accusations de négligence.

«Les accidents sont dans la nature même des mines», a-t-il plaidé.

Mais à quinze jours du premier anniversaire de la vague de contestation antigouvernementale de juin 2013, cette ligne de défense a alimenté une nouvelle fronde contre son gouvernement, dans un climat de tensions politiques exacerbé.

Indignations

Plusieurs incidents survenus pendant sa visite mouvementée jeudi sur les lieux de la catastrophe ont relancé les critiques sur la dérive autoritaire de l'homme qui règne sans partage sur la Turquie depuis 2002.

Une vidéo largement diffusée vendredi sur les réseaux sociaux a montré le Premier ministre, connu pour ses coups de colère, s'en prenant à un habitant de Soma en l'agrippant par le cou et en le traitant d'"espèce de sperme d'Israël".

Des photos, dévoilées la veille, d'un de ses conseillers assénant des coups de pied à un manifestant retenu à terre par deux gendarmes ont également provoqué l'indignation.

Malgré un scandale de corruption sans précédent visant des dizaines de ses proches, le parti de M. Erdogan a remporté haut-la main les municipales du 30 mars. Il s'apprête désormais à se présenter à la présidentielle des 10 et 24 août.

«Cette fois, même les partisans d'Erdogan se posent des questions», a indiqué à l'AFP Rasit Kaya, professeur de sciences politiques à l'université technique du Moyen-Orient d'Ankara. «Mais il est difficile d'évaluer le tort que cela va lui causer», a-t-il ajouté.

Les premières explications embrouillées livrées vendredi par la compagnie qui exploite la mine de Soma n'ont fait qu'aggraver la contestation.

«Nous n'avons commis aucune négligence», a affirmé son directeur d'exploitation, Akin Celik, lors d'une conférence de presse très tendue.

Pressés de questions, les dirigeants de Soma Kömür ont été contraints de concéder que la mine ne disposait d'aucun espace prévu pour protéger les mineurs des émanations de monoxyde de carbone, à l'origine de la mort de la plupart des victimes.

Dans son édition de samedi, le quotidien Milliyet affirme en outre qu'un rapport préliminaire sur les causes de la catastrophe a pointé du doigt plusieurs manquements aux mesures de sécurité, notamment un manque de détecteurs de monoxyde de carbone.

Mis en cause dans la presse pour sa proximité avec le pouvoir, le PDG de la compagnie, Alp Gürkan, s'était vanté en 2012 d'être parvenu à réduire de 130 à 24 dollars la tonne les coûts de production dans sa mine.

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