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Sénat; Thomas Mulcair et Philippe Couillard s'entendent pour ne pas s'entendre

16/05/2014 02:31 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - Pour leur première rencontre depuis les élections du 7 avril, le chef néo-démocrate Thomas Mulcair et le premier ministre Philippe Couillard se sont entendus pour ne pas s'entendre sur le Sénat.

C'est ainsi que Thomas Mulcair a convenu de résumer cet enjeu de leur face-à-face, vendredi à Québec. C'était la première fois que le chef de l'opposition officielle à Ottawa s'entretenait avec M. Couillard depuis son accession au poste de premier ministre. Mais les deux hommes se connaissent bien et se traitent même en amis, puisqu'ils ont été tous deux collègues ministres dans le précédent gouvernement Charest. Et les deux ont démissionné de ce gouvernement.

Au terme d'un entretien d'environ une heure au bureau du premier ministre, M. Mulcair est ressorti seul pour rencontrer la presse. Le chef néo-démocrate a dit avoir abordé la question constitutionnelle avec lui, notamment le Sénat, mais sur ce sujet, la position de son parti est irréconciliable avec celle du Québec et de M. Couillard.

Le NPD veut l'abolition du Sénat, qu'il juge «vétuste», tandis que M. Couillard s'en sert comme d'une carte dans sa manche. Il veut qu'une éventuelle réforme du Sénat, souhaitée par plusieurs au Canada, soit conditionnelle aux négociations des revendications constitutionnelles traditionnelles du Québec.

«Cela va faire toujours faire partie de mon objectif politique, de nous débarrasser du Sénat, a dit M. Mulcair. Je sais que M. Couillard a une autre optique là-dessus, pour des raisons historiques aussi. Mais moi, je considère que c'est (le Sénat) antidémocratique, ça rend des comptes à personne. (...) On croit qu'une institution qui est modelée sur la Chambre des lords en Angleterre n'a pas sa place dans une société moderne comme le Canada.»

Quand un journaliste lui a demandé si lui et M. Couillard s'étaient entendus pour ne pas s'entendre, il a répondu: «Je pense que vous venez de le résumer parfaitement, oui.»

Il a aussi assuré qu'il a été très peu question de pourparlers constitutionnels, mais surtout d'économie. M. Mulcair est en fait revenu sur le débat entourant le remplacement du pont Champlain. Le premier ministre Stephen Harper envisage maintenant de le vendre au Québec, tout comme les autres ponts qui enjambent la Voie maritime du Saint-Laurent à Montréal. Le chef néo-démocrate a raillé son adversaire conservateur.

«M. Harper s'improvise en vendeur de `chars usagés'. Le gouvernement fédéral est responsable de ça pour une raison: c'est un pont par-dessus la Voie maritime internationale. (Les autorités fédérales) ne l'ont jamais entretenu comme il faut. C'est une obligation du fédéral de remplacer le pont Champlain. (...) C'est un peu insultant d'entendre M. Harper insister pour dire que c'est un petit pont local, comme s'il s'agissait d'un ponceau par-dessus une crique aux abords d'une ferme.»

Enfin, Thomas Mulcair a abordé l'avenir de l'antenne provinciale de son parti, le NPD-Québec. Le nouveau parti a été reconnu le 30 janvier dernier. Mais ce n'est plus une priorité pour M. Mulcair, qui craint d'affaiblir ses forces au Québec.

«Je n'aime pas trop les métaphores militaires, mais c'est la seule chose qui me vient à l'esprit en l'occurrence: je ne veux pas diviser mes forces.»

Le chef néo-démocrate a en fait une autre ambition bien plus pressante et il l'a clairement exprimé: «J'ai un objectif à maintenir, c'est de débarquer Stephen Harper l'année prochaine. (...) Je ne diviserai pas mes forces tant qu'on n'a pas fait ça.»

Il maintient toutefois qu'un NPD sur la scène québécoise, «avec sa vision social-démocrate» et sa volonté de rester au sein du Canada, aurait quelque chose de différent à offrir par rapport aux autres partis, même, sans le nommer, par rapport au PLQ, son ancien parti.

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