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"Red Army": la Croisette à l'heure de la Guerre froide

16/05/2014 11:17 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

La Croisette ensoleillée a plongé vendredi en pleine Guerre froide avec "Red Army", documentaire passionnant sur l'instrumentalisation de l'équipe de hockey sur glace de l'Union soviétique à des fins de propagande, et ce quel que soit le prix à payer pour les joueurs.

Présenté dans le cadre des séances spéciales de la sélection officielle du 67e Festival de Cannes, ce documentaire truffé d'images d'archives et d'interviews des grands joueurs de l'époque, dont Viachaslav "slava" Fetissov, décrypte un système mêlant entraînements épuisants, changement d'entraîneur supervisé par le KGB et autres discours patriotiques.

L'équipe de hockey était celle de l'armée soviétique. Créée sous Staline, elle était là pour prouver la supériorité russe face au reste du monde et surtout les Etats-Unis, l'ennemi d'alors, et donc un instrument de propagande.

L'histoire, qui s'appuie sur des archives, est surtout racontée du point de vue de "Slava" Fetissov et de ses principaux acolytes, interviewé par le réalisateur Gabe Polsky.

Né aux Etats-Unis de parents russes émigrés, Gabe Polsky a longtemps pratiqué le hockey, "avec des entraîneurs surtout intéressés par des joueurs qui marquent le plus de buts".

Fetissov, le capitaine de cette équipe mythique, est emblématique de l'évolution de son pays de la fin des années 70 à aujourd'hui, de la toute puissance de l'URSS sur la glace aux premiers voyages à l'étranger surveillés par le KGB, de la défaite historique aux Jeux olympiques de Lake Placid en 1980 à la Glasnost et des inévitables départs de joueurs pour les Etats-Unis, avec des fortunes diverses.

Avec les premiers matches contre le Canada, les commentateurs nord-américains découvriront un autre style de jeu, basé au contraire sur "l'inventivité et la créativité" inspirée par Anatoli Tarassov, l'homme qui le premier a façonné l'équipe soviétique.

La domination soviétique prendra fin aux Jeux Olymiques de Lake Placid, sur fond de tension entre Washington et Moscou après l'invasion par l'URSS de l'Afghanistan en 1979.

Tarassov sera démis de ses fonctions, remplacé par un homme sans coeur imposé par le patron du KGB.

Commence alors un véritable enfer pour les joueurs, isolés onze mois sur douze de leurs familles. Mais en bout de course, une succession de médailles d'or.

Fetissov est adulé. Il deviendra cependant quelques années plus tard un paria pour avoir tenu tête aux autorités russes en refusant, en échange d'une autorisation de départ, de leur verser l'essentiel de ses gains américains.

Avec la chute définitive du mur, il partira aux Etats-Unis avant, quelques années plus tard, de revenir en Russie. Avec l'arrivée de Poutine au pouvoir, il deviendra même ministre des Sports.

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