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Pékin campe sur sa position en mer de Chine méridionale malgré la colère du Vietnam

16/05/2014 04:28 EDT | Actualisé 15/07/2014 05:12 EDT

La Chine a campé vendredi sur sa position concernant la mer de Chine méridionale, faisant fi de la colère du Vietnam et des inquiétudes de Washington après des violences antichinoises meurtrières au Vietnam.

Ces émeutes, qui ont fait deux morts chinois et plus de 100 blessés selon Pékin, ont été déclenchées par le déploiement d'une plateforme pétrolière au large des îles Paracel, que se disputent les deux pays communistes.

Un photographe de l'AFP embarqué avec la marine vietnamienne a pu voir des dizaines de navires chinois protégeant la plateforme en question.

"Nous vous prévenons, vous entrez dans les eaux territoriales vietnamiennes", lançaient les nombreux navires vietnamiens déployés, à chaque approche des bateaux chinois, alors que les deux pays s'accusent d'accrochages en mer.

Et vendredi, si le calme semblait revenu au Vietnam, les tensions entre Pékin et Hanoï sont montées d'un cran.

En visite aux Etats-Unis, le général Fang Fenghui, chef d'état-major de l'armée chinoise, n'a pas donné de signe d'infléchissement.

Pékin "ne peut pas se permettre de perdre un centimètre" de ce qu'il considère comme son territoire", a-t-il dit, assurant que la plateforme "continuera à fonctionner".

Et le Global Times, journal de la presse d'Etat chinoise, accuse le Vietnam de "vivre encore dans l'illusion qu'il est possible de faire reculer la Chine par des pressions". Il a brandi la menace de "mesures non pacifiques" en cas de "provocations".

Le régime de Hanoï a de son côté, dans un SMS envoyé à la population, appelé les Vietnamiens au "patriotisme" et à "protéger la noble souveraineté du pays", "dans le respect de la loi", à deux jours de manifestations antichinoises attendues dimanche à travers le Vietnam.

Le président vietnamien Truong Tan Sang a posé vendredi comme condition préalable le retrait de la plateforme chinois. "Vous devez vous retirer d'abord", a-t-il dit lors d'un déplacement à Ho Chi Minh-Ville, selon le journal en ligne Tuoi Tre.

Il a appelé à "se battre pour protéger la souveraineté nationale par des moyens pacifiques".

Pékin accuse Hanoï de "connivence" avec les émeutiers, alors que des experts estiment que Hanoï aurait pu se laisser dépasser par la colère populaire antichinoise, après avoir pensé instrumentaliser les manifestations.

La Chine, qui revendique la quasi totalité de la mer de Chine méridionale, semble avoir "mal estimé" les réactions suscitées par sa plateforme pétrolière, estime Bill Hayton, l'auteur de "Vietnam: Rising Dragon" ("Vietnam: Le dragon qui monte").

"Cela a simultanément enflammé l'opinion publique vietnamienne, durci l'attitude du gouvernement vietnamien et relancé les théories de la +menace chinoise+ en Asie du sud-est", renforçant la position des Etats-Unis dans la région, analyse-t-il.

Le vice-président américain Joe Biden a fait part jeudi de "la vive préoccupation des Etats-Unis quant aux actions unilatérales de la Chine dans des eaux contestées avec le Vietnam".

-manifestations dimanche au Vietnam-

Au Vietnam, les manifestations antichinoises s'étaient étendues cette semaine à 22 des 63 provinces de ce pays de 90 millions d'habitants, tenu par un régime autoritaire qui ne tolère habituellement pas les mouvements de protestation.

Les dernières violences se sont produites dans une aciérie taïwanaise dans le centre du Vietnam.

Le gouvernement vietnamien a promis un retour à l'ordre, de crainte d'être confronté à un exode des investisseurs étrangers.

Des centaines de ressortissants chinois installés au Vietnam se sont d'ores et déjà réfugiés au Cambodge voisin, selon la police cambodgienne.

Un homme d'affaires taïwanais rencontré à l'aéroport de Taïwan vendredi a raconté avoir dû fuir à la hâte son usine, vandalisée par une foule de Vietnamiens emportés par leur rage antichinoise.

Le Vietnam et la Chine ont une longue histoire émaillée de contentieux nourrissant les rancoeurs nationalistes.

En 1974, alors que les Etats-Unis se retiraient du Vietnam, la Chine avait pris le contrôle des îles Paracels (au coeur de la dispute actuelle) en mer de Chine méridionale, occupées par le Sud-Vietnam. En 1979, les deux voisins communistes se sont également affrontés lors d'une guerre, brève mais sanglante, déclenchée par la Chine en réplique au renversement du régime Khmer rouge au Cambodge, allié de Pékin, par l'armée vietnamienne.

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