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Nouveau pas vers la paix en Colombie avec un accord gouvernement-guérilla sur la drogue

16/05/2014 07:19 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

Le gouvernement et la guérilla des Farc ont fait un nouveau pas vers la paix en Colombie avec l'annonce vendredi d'un accord sur le trafic de drogue, troisième des six points à l'ordre du jour d'un processus de paix entamé en novembre 2012 à Cuba.

Les délégations du gouvernement et des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) "ont conclu un accord sur le troisième point, dénommé +solution au problème des drogues illicites+", a affirmé à la presse le diplomate cubain Rodolfo Benitez, représentant du pays hôte et garant du processus de paix, aux côtés des délégués de deux parties.

Les FARC ont par ailleurs annoncé une trêve unilatérale d'une semaine à laquelle s'est joint pour la première fois l'autre grand mouvement de guérilla colombien, l'Armée de libération nationale (ELN).

M. Benitez a précisé que l'accord prévoyait une grande campagne d'éradication de la coca, la plante dont est extraite la cocaïne. Les plantations seront détruites de force si les paysans ne le faisaient pas volontairement.

Le trafic de cocaïne, dont la Colombie et le Pérou sont les principaux producteurs mondiaux, a alimenté la guérilla d'extrême gauche ainsi que l'insurrection des groupes paramilitaires d'extrême droite et le crime organisé.

Après cet accord, le gouvernement colombien va convoquer une conférence internationale sur le trafic de drogue, sous l'égide de l'ONU, a ajouté de son côté le diplomate norvégien Dag Nylander, représentant l'autre pays garant du processus de paix.

"Une stratégie spécifique de lutte contre la corruption sera développée à cette occasion", a ajouté le diplomate norvégien.

Gouvernement et guérilla avaient déjà conclu en 2013 deux accords partiels sur les deux plus importants thèmes de leurs négociations : le développement rural et la participation de la guérilla à la vie politique après la conclusion d'un accord de paix général.

Après ce troisième accord, restent à discuter les dédommagements aux victimes du conflit, ainsi que la fin effective des hostilités et le mode de ratification d'un accord de paix final.

Le président colombien, Juan Manuel Santos, a qualifié l'accord d'étape "extrêmement importante" et "définitive" vers la paix.

"Nous sommes aujourd'hui très près, plus près que jamais d'obtenir la paix... C'est une étape définitive, extrêmement importante, une grande nouvelle pour la Colombie et pour le monde entier", a déclaré M. Santos en faisant campagne pour la présidentielle.

"Sans évènement extraordinaire venant perturber le processus de paix, nous avons passé le point de rupture, ni les Farc, ni le gouvernement ne peuvent faire marche arrière", a assuré à l'AFP l'analyste Christian Voelkel, spécialiste de la Colombie pour le centre de réflexion International Crisis Group.

"A chaque avancée, on constate une meilleure connexion, des liens plus forts, les thèmes du développement rural et de la drogue, par exemple, sont inséparables et consolident l'ordre du jour", a-t-il ajouté.

Ce nouveau pas vers la paix intervient à une semaine de l'élection présidentielle en Colombie du 25 mai, pour laquelle le président Santos, qui a pris l'initiative de ce processus de paix, apparaît comme favori à sa propre succession.

Ce nouvel accord "va avoir un impact sur la dynamique électorale, c'est sûrement quelque chose qui va aider le président Santos, mais il ne faut pas tomber dans le piège de penser que c'est uniquement un accord +électoral+", a jugé Christian Voelker.

Quelques heures avant l'annonce de ce troisième accord partiel, les Farc avaient annoncé une trêve de leurs activités militaires du 20 au 28 mai à l'occasion du scrutin présidentiel.

Cette trêve implique également l'ELN, contrairement aux deux premiers cessez-le-feu unilatéraux que les Farc avaient décrétés depuis l'ouverture du processus de paix.

Avec quelque 2.500 combattants l'ELN est après les FARC (7.000 hommes) le deuxième mouvement de guérilla en importance en Colombie.

Le gouvernement colombien s'est toujours refusé à se joindre aux cessez-le-feu décrétés par les Farc en novembre 2012 (60 jours) et en décembre 2013 (30 jours), en jugeant que les rebelles utiliseraient une trêve pour se renforcer militairement.

Le conflit interne en Colombie, qui a mêlé des guérillas et divers groupes illégaux, a fait plusieurs centaines de milliers de morts et environ 4,5 millions de déplacés.

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