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Nigeria: déjà critiqué par les Etats-Unis, le président Jonathan annule sa visite à Chibok

16/05/2014 07:28 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

S'exposant à de nouvelles critiques internationales, le président nigérian Goodluck Jonathan a annulé vendredi sa visite annoncée à Chibok, localité du nord-est du Nigeria où plus de 200 lycéennes ont été enlevées mi-avril par le groupe islamiste Boko Haram.

"Le président a annulé sa visite à Chibok", a déclaré vendredi un responsable de la présidence à l'AFP. Cette visite surprise dans la petite de l'Etat de Borno avait été annoncée jeudi soir.

Aucune raison officielle n'a été donnée.

Lai Mohammed, le porte-parole du principal parti d'opposition APC, a affirmé que Jonathan avait perdu "tout sens des choses" et que l'annulation de la visite "illustrait bien l'indécision de son gouvernement". "Il a complètement abandonné son peuple et les Nigérians en sont conscients", a-t-il ajouté.

Le chef de l'Etat nigérian est attendu à Paris, où il doit participer samedi à un sommet international convoqué à l'initiative de la France pour dessiner une stratégie de lutte globale contre Boko Haram.

Ce déplacement à Chibok, au coeur du fief de Boko Haram, devait être le premier geste politique fort du président Jonathan depuis le rapt des jeunes filles, alors qu'il est critiqué pour son inaction tant dans son pays par l'opposition, la société civile et les familles des victimes, que sur la scène internationale, notamment aux Etats-Unis.

De fait, c'est seulement à la suite de la diffusion le 5 mai d'une vidéo d'Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram, menaçant de traiter les lycéennes kidnappées comme des "esclaves", qui a soulevé une indignation mondiale et provoqué la réaction de Barack Obama, que le pouvoir nigérian a semblé s'émouvoir du sort des jeunes filles.

Même si ce rapt constitue une priorité pour la diplomatie américaine, Paris a exclu toute intervention militaire occidentale.

"Il n'est pas question d'une intervention militaire occidentale contre Boko Haram", insiste-t-on dans l'entourage du président français, alors que Paris, Londres, Tel Aviv et Washington ont dépêché des experts, notamment militaires, et des avions de reconnaissance pour aider les autorités nigérianes à retrouver les captives.

"Boko Haram constitue un risque (...) pour tous les pays de la région, et leurs dirigeants doivent en être conscients", a expliqué une source diplomatique française à Abuja, précisant que le Cameroun voisin était particulièrement concerné, le groupe islamiste y disposant de bases.

Au total, 223 adolescentes sont toujours portées disparues. Dans une vidéo publiée cette semaine, Abubakar Shekau a affirmé en avoir converti quelque 130 à l'islam.

Aux Etats-Unis, pays le plus mobilisé en faveur des captives, avec notamment des drones et des avions de surveillance qui survolent le nord-est du Nigeriapour recueillir du renseignement, le sénateur démocrate Robert Menendez a jugé jeudi que "la réponse du gouvernement nigérian à cette crise a été d'une lenteur tragique et inacceptable".

Washington considère le géant d'Afrique de l'Ouest comme un "partenaire stratégique" et s'alarme, avec la France, de la menace régionale que pose Boko Haram, inscrit depuis novembre 2013 sur sa liste noire des "organisations terroristes étrangères". Washington offre une prime de 7 millions de dollars pour la capture d'Abubakar Shekau.

- Deux nouvelles écoles détruites -

Alors que la police a rapporté jeudi la destruction de deux nouvelles écoles par Boko Haram dans des villages du Nord, les députés nigérians ont approuvé dans la soirée, à l'unanimité, la prolongation de l'état d'urgence, déjà en vigueur depuis un an dans les Etats de Yobe, Borno et Adamawa, principaux théâtres de l'insurrection dans le Nord-Est.

Le Sénat devra à son tour se prononcer mardi sur cette prolongation de six mois, réclamée par le président.

Boko Haram, qui condamne comme un "péché" l'éducation occidentale, a attaqué ces dernières années des centaines d'écoles, n'hésitant pas à massacrer élèves et étudiants.

Par ailleurs, un des cerveaux présumés de l'attentat du 14 avril à Abuja, revendiqué par Boko Haram et qui avait fait 75 morts dans une gare routière, a été arrêté au Soudan. Il s'agit d'Aminu Sadiq Ogwushe, né en Grande-Bretagne, interpellé alors qu'il demandait un visa à l'ambassade de Turquie de Khartoum, au Soudan.

Cinq hommes avaient déjà été arrêtés cette semaine en lien avec cet attentat, le plus meurtrier jamais perpétré à Abuja, mais les deux cerveaux étaient en fuite.

C'est pour définir une stratégie de lutte globale contre le groupe islamiste que se réuniront samedi à Paris les dirigeants des Etats de la région (Nigeria, Cameroun, Niger, Tchad, Bénin) autour du président français François Hollande, et avec des représentants des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de l'Union européenne.

Pour Paris, il s'agit d'encourager les pays de la sous-région à coopérer avec Abuja dans la lutte contre Boko Haram et "voir comment les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France peuvent apporter leur soutien".

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