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Maroc: la grâce de détenus salafistes en butte aux craintes sécuritaires

16/05/2014 03:19 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

Une nouvelle grâce royale en faveur de salafistes emprisonnés dans le sillage des attentats du 16 mai 2003 a été évoquée au Maroc à l'approche de l'anniversaire des attaques mais se heurte aux craintes sécuritaires, liées en particulier au jihad en Syrie.

Une cérémonie commémorative s'est déroulée vendredi soir à Casablanca devant la stèle en mémoire des 33 victimes de cette vague d'attentats perpétrés par 12 kamikazes issus d'un bidonville de la capitale économique.

"Non à l'extrémisme, non au terrorisme", ont clamé les participants --proches de victimes et officiels--, selon un correspondant de l'AFP.

Plus tôt dans la journée, plus de 200 personnes, pour la plupart des familles de salafistes emprisonnés, s'étaient rassemblées devant le Parlement à Rabat pour demander la libération de leurs proches et "pour que toute la lumière soit faite sur les événements du 16-Mai". "Qui sont les véritables responsables? "Libérez nos parents", ont-elles scandé.

Avec ce 11e anniversaire, l'hypothèse d'une nouvelle grâce parmi les centaines de salafistes encore emprisonnés a été évoquée par la presse, et trois dates-clés permettent de mieux appréhender les enjeux.

Au premier rang figure évidemment celle du 16 mai 2003: le Maroc, effaré, constate qu'il n'est pas à l'abri du péril extrémiste. Dans la foulée, une loi antiterroriste est votée et des milliers d'islamistes interpellés.

- Repentis -

En 2011, le Printemps arabe bouscule la donne. Sous pression de la rue, la roi accorde sa grâce le 14 avril à près de 200 islamistes, dont 14 salafistes. Parmi eux Mohamed Fizazi, considéré lors de son arrestation comme le principal théoricien de la Salafia Jihadia, un mouvement intégriste.

Condamné à 30 ans de prison, ce prédicateur a toutefois rapidement pris ses distances avec la mouvance, condamnant l'attentat du printemps 2011 contre un café de Marrakech (17 morts).

A la faveur de cette conversion, le roi a assisté le 28 mars, lors de la prière du vendredi, au prêche de Mohamed Fizazi, et ce geste symbolique a fait naître l'espoir d'une nouvelle grâce de repentis.

En 2010, "les autorités ont reçu environ 180 demandes, dans lesquelles les détenus (salafistes) se déterminent clairement sur la question de la violence", fait valoir à l'AFP Mohamed Hakiki, du "Forum de la dignité pour les droits de l'Homme".

"Durant le Printemps arabe, nous avons attendu une deuxième vague de libérations mais la porte s'est refermée", en particulier du fait d'une mutinerie en mai 2011 à la prison de Salé, près de Rabat, dit-il.

Avec l'arrivée au gouvernement début 2012 des islamistes du Parti justice et développement, les soutiens des détenus ont de nouveau espéré.

Mais "la dernière réunion avec le gouvernement l'an dernier n'a rien donné", indique Khadija Merwazi, directrice du Médiateur pour la démocratie et les droits de l'Homme (MDDH), ONG membre d'une plateforme spécialisée sur le sujet.

"On nous a demandé de garantir que les détenus libérés n'iraient pas combattre en Syrie", explique-t-elle.

- "Une armée de Marocains" -

L'enrôlement de jeunes Marocains dans le conflit syrien inquiète en effet beaucoup Rabat. Selon la presse, ils sont plus de 400 à y avoir été tués depuis 2011 et d'après M. Hakiki, "plus de 30 Marocains" ont été arrêtés à leur retour.

"Si on inclut les combattants venant d'Europe", où se trouve une importante diaspora, il y actuellement "plus de 2.000 Marocains" en Syrie, avance-t-il.

Depuis 2003, les autorités marocaines ont annoncé le démantèlement de plus d'une centaine de cellules islamistes et elles insistent désormais régulièrement sur les risques d'enrôlement pour la Syrie.

"Dans quelques années, allons-nous nous retrouver face à une armée de Marocains revenus de Syrie? Que ferons-nous face à des gens qui auront une telle expérience de la guerre?", s'interrogeait vendredi le quotidien Akhbar al Yaoum.

S'agissant des détenus salafistes, "le poids de l'approche sécuritaire" peut être très néfaste, signale pour sa part Mme Merwazi, citant l'exemple d'Anas Elhaloui, ancien porte-parole du Comité mixte pour la défense des détenus islamistes.

Soumis selon elle à un "harcèlement sécuritaire et administratif", il avait "échoué à créer un petit projet commercial" au Maroc. Il a été tué en Syrie.

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