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Jocelyn Dupuis admet avoir fait des faux mais estime que ce n'était pas criminel

16/05/2014 11:28 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le sort de l'ex-directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis, accusé de fraude et de fabrication de faux, est désormais entre les mains du juge Denis Lavergne, qui rendra son verdict le 26 septembre prochain.

L'avocat de Jocelyn Dupuis, Me Jean-Daniel Debkoski, a offert une plaidoirie pour le moins inusitée, vendredi, dans laquelle il a admis que son client avait fabriqué de faux reçus pour gonfler ses dépenses, mais qu'il ne s'agissait pas d'une fraude puisque tout l'argent qu'il réclamait était destiné au bénéfice des travailleurs.

«Était-ce un manque d'élégance, de tact, de transparence? Oui. Mais à l'époque, c'était connu de tous», a soutenu Me Debkoski devant le juge Lavergne.

Les comptes de dépenses de Jocelyn Dupuis, qui ont atteint 225 000 $ sur une période de 11 mois entre 2007 et 2008, étaient remboursés sur la base de reçus fictifs ou artificiellement gonflés qu'il rédigeait lui-même.

Me Debkoski a fait valoir que toute la direction et le conseil d'administration du syndicat étaient bien au fait de la pratique et qu'il ne pouvait donc, de ce fait, s'agir d'un crime puisque personne n'avait subi de préjudice.

Il a tout de même eu cette candeur au cours de sa plaidoirie: «En sortant des bancs d'école, je ne pensais jamais plaider ça!»

Le juge Denis Lavergne a exprimé un certain scepticisme face à cette plaidoirie, se demandant à un certain point s'il était crédible que M. Dupuis ait dépensé autant d'argent au bénéfice des travailleurs.

Il a aussi indiqué que l'on pourrait conclure que, parce que Jocelyn Dupuis était autorisé à dépenser librement, il ratissait large et «beurrait épais», selon son expression, dans ses comptes de dépenses.

Intervenant à son tour, le procureur de la Couronne, Me Jacques Dagenais, a répliqué qu'il n'existait aucune preuve que l'argent réclamé en trop était allé au bénéfice des travailleurs, seulement les affirmations de deux témoins qui étaient de son clan, lors d'une lutte de pouvoir au sein du syndicat.

«C'étaient deux 'tatoués' Jocelyn Dupuis», a imagé le juriste.

Rappelant que la mission d'un syndicat est de retourner aux membres leurs cotisations sous forme de services, Me Dagenais s'est interrogé sur le bien-fondé de se payer des repas princiers avec des bouteilles de vin à plusieurs centaines de dollars aux frais des syndiqués.

Il a fait valoir que plusieurs de ces repas, dont la facture dépassait les 1000 $, 2000 $ et même 3000 $, étaient difficilement justifiables comme dépenses d'affaires.

«Des samedis soirs? Avec des collègues du même bureau et avec les conjointes?» a lancé Me Dagenais.

Quant à la thèse voulant que que M. Dupuis utilise un stratagème de fausses factures de restaurant pour se faire rembourser des dépenses destinées à des manifestations, au soutien des affiliés et autres usages pour lesquels la FTQ-Construction avait déjà des budgets, Me Dagenais l'a tour à tour qualifiée d'«insensée», «farfelue», «ridicule», «absurde» et «illogique».

Il a aussi démontré que l'argument du «tout le monde le savait» ne tenait pas la route. Certes, les membres du comité exécutif savaient que Jocelyn Dupuis avait des comptes de dépenses imposants et ne s'en formalisaient pas, mais Me Dagenais a rappelé, enregistrement des témoignages à l'appui, que personne ne savait que Jocelyn Dupuis fabriquait lui-même de fausses factures et qu'il gonflait de manière éhontée les factures existantes.

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