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Inde : le nationaliste hindou Modi s'achemine vers une nette victoire aux législatives

16/05/2014 01:36 EDT | Actualisé 15/07/2014 05:12 EDT

Le dirigeant nationaliste hindou Narendra Modi s'apprête à conquérir le pouvoir en Inde vendredi, ses promesses d'emplois et de développement économique ayant conquis un électorat déçu par le parti du Congrès de la dynastie Nehru-Gandhi.

Le décompte des voix en cours depuis 08h00 (02H30 GMT), épilogue très attendu de cinq semaines de scrutin, dessinait en milieu de matinée une victoire écrasante du Bharatiya Janata Party (BJP) et de ses alliés au détriment du parti au pouvoir depuis dix ans.

"Cela semble très sombre pour le moment", a reconnu un porte-parole du parti du Congrès, Abhishek Manu Singhvi, en début de matinée. Le BJP était en tête de 231 circonscriptions sur 460 ayant entamé leur décompte de voix, le Congrès ne menant que dans 48 circonscriptions.

Modi, fils d'un vendeur de thé de 63 ans, a monopolisé la campagne électorale en multipliant les meetings avec comme message principal la promesse d'incarner un pouvoir fort à même de relancer l'économie indienne tout en gommant son passé de leader nationaliste hindou controversé.

Les sondages de sortie des urnes publiés depuis lundi donnent au BJP son meilleur résultat jamais enregistré face à un parti du Congrès usé par dix ans de pouvoir et des scandales de corruption à répétition. Le BJP et ses alliés pourraient même obtenir la majorité absolue, fixée à 272 sièges sur 543.

Les attentes sont fortes au sein de la population indienne après cette campagne centrée sur Modi et son bilan économique dans l'Etat du Gujarat, qu'il dirige depuis 2001.

Les marchés boursiers ont encore accéléré dans la perspective d'une nette victoire de Modi, gagnant 5% vendredi après une hausse similaire en début de semaine. Les investisseurs font preuve d'optimisme, que certains jugent exagéré, sur sa capacité à sortir l'Inde de ses difficultés: infrastructures défaillantes, inflation galopante, etc.

Les grands industriels du pays soutiennent le dirigeant du BJP en raison du bon accueil reçu par les entreprises sur ses terres du Gujarat tandis que son ascension sociale a convaincu une partie de la population qu'il pourrait incarner un pouvoir fort et efficace.

Au-delà des nationalistes hindous, il a aussi rallié une partie des plus pauvres qui votaient traditionnellement pour le Congrès et ses programmes sociaux.

Les attaques de ses opposants - l'un l'a qualifié de "diable" et de "boucher du Gujarat" - et les mises en garde des minorités religieuses sur les fractures qu'il pourrait créer au sein de la population ne semblent pas avoir fait mouche.

- Rupture pour les Gandhi -

Le meilleur résultat du BJP remonte à 1999 avec 182 sièges qui lui avaient permis de diriger le pays jusqu'en 2004.

"Modi est arrivé au bon moment, alors que la population est gagnée par l'abattement", estime Mohan Guruswamy, du think-tank Centre for Policy Alternatives.

Une nette défaite chamboulerait probablement le Congrès et poserait la question de la capacité de la famille Gandhi à diriger le pays. Rahul Gandhi a conduit une campagne jugée terne, incapable de lui donner un élan.

"Ils ne peuvent pas croire que quelqu'un d'aussi simple que lui puisse les battre", a déclaré à l'AFP la soeur de Modi, Vasantiben Modi, depuis sa petite maison du Gujarat.

"Rahul Gandhi a été incapable de communiquer, il n'a parlé que de façon elliptique", estime de son côté le politologue Guruswamy.

L'arrivée de Modi au pouvoir constituerait un changement radical pour les grands pays occidentaux qui ont boycotté le dirigeant indien pendant près de dix ans après les émeutes qui ont ensanglanté le Gujarat en 2002.

Plus de 1.000 personnes ont été tuées dans ces émeutes, essentiellement des musulmans. Modi a été accusé d'avoir encouragé les violences.

Pendant la campagne, il s'est abstenu de mettre en avant les revendications nationalistes les plus radicales du programme du BJP.

"Il sera jugé sur l'économie. Et s'il échoue à relancer l'économie? Le plan B pourrait être l'hindutva", à savoir le nationalisme hindou, estime Christophe Jaffrelot, chercheur à Sciences Po à Paris et au King's College de Londres.

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