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Caisses vides, crédits prohibitifs: l'inquiétude des agriculteurs des "terres noires" d'Ukraine

16/05/2014 05:21 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

Contrairement aux autres années, la météo n'est pas le premier souci de Leonid. Cet agriculteur de l'est de l'Ukraine est, comme beaucoup de ses confrères, à court de trésorerie et les récoltes pourraient en pâtir.

Hausse du prix de l'essence, du matériel, des semences... la vie quotidienne est devenu un vrai casse-tête pour les agriculteurs ukrainiens, dont l'activité est pourtant essentielle pour l'économie du pays et pour les marchés mondiaux.

L'Ukraine, avec ses "terres noires" parmi les plus fertiles au monde, est en effet le 3e producteur mondial de maïs et le 6e de blé d'après les chiffres du Conseil international des céréales (IGC).

"Mon problème, c'est que je n'ai pas d'argent sur mon compte. Je n'ai rien de côté", s'inquiète Leonid Guensitski, agriculteur à Olexandrivka.

Sa crainte ? ne pas pouvoir faire face en cas de mauvais temps dans les semaines qui viennent et donc d'apparition de maladies.

"Avant je n'avais pas de problème pour acheter de l'essence, mais ce n'est plus le cas. Maintenant la vie est difficile, je dois tout calculer de façon minutieuse. Pour l'instant, j'ai encore assez, mais je ne sais pas combien de temps ça va durer", ajoute cet agriculteur, propriétaire de plus de 300 hectares.

Comme d'autres, pour faire face, il a donc choisi de réorienter une partie de ses cultures: il a planté moins de maïs, une plante très demandeuse en produits phytosanitaires (produits utilisés pour soigner les maladies). Mais il est pour l'instant impossible de mesurer l'étendue de ce report à l'échelle nationale.

- "Pris à la gorge" -

"Beaucoup d'agriculteurs sont pris à la gorge financièrement. Ils sont nombreux à avoir besoin de crédits mais maintenant les taux d'intérêts atteignent souvent 25%", explique Grigori Boukhantchov, céréalier et responsable de l'association des agriculteurs d'Olexandrivka.

Ces intérêts sont prohibitifs pour une partie d'entre eux. En quelques mois, la crise politique a en effet engendré une crise bancaire et financière dans ce pays déjà en récession.

"L'incertitude actuelle ne pousse pas non plus les gens à investir", estime M. Boukhantchov.

"Nous savons qu'une partie des agriculteurs ont, pour économiser, acheter des semences, et surtout des engrais locaux plutôt que des produits importés et au final cela pourrait avoir pour résultat des rendements moins élevés", explique Edward de Saint-Denis de Plantureux et associés, société française de courtage en matières premières agricoles.

Lors de sa dernière prévision, le cabinet français Agritel a nettement abaissé ses prévisions de production de maïs et de blé du pays, respectivement à 23,3 millions et 18,3 millions de tonnes. Cela correspondrait à des reculs de 18% et 16% par rapport à la dernière récolte.

"L'Ukraine est une variable d'ajustement fondamentale pour le marché mondial du blé et du maïs et même si les exportations ne sont pas perturbées pour l'instant, la crainte d'une guerre civile freine les achats sur les marchés pour la nouvelle campagne", explique M. de Saint-Denis.

Sur place, les agriculteurs regardent avec anxiété l'évolution sur le terrain. "Je connais un fermier auquel des hommes masqués et en armes ont pris une partie du bétail", raconte M. Guensitki. "Qu'est-ce qui me garantit que cela n'arrivera pas avec ma récolte?"

tib/kat/abk

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