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Accident en Turquie: "Nous ne sommes pas des moutons", crient des manifestants endeuillés

16/05/2014 02:30 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

"Nous avons le droit de manifester ... Cette tragédie est devenue politique". Les larmes aux yeux, Saadet Yilmaz ne comprend pas la violence policière à Soma, où près de 300 mineurs sont morts dans une explosion due, selon de nombreux Turcs, à l'incurie du gouvernement.

"Nous voulons que le gouvernement soit honnête, qu'il nous dise combien de personnes étaient dans la mine, combien sont mortes ?", s'époumone Saadet, 52 ans, venue avec sa mère âgée pour manifester "sa peine et sa colère".

Dans la principale avenue de cette ville de 100.000 habitants, une dizaine de milliers de manifestants crient à l'unisson, le poing levé, les yeux embués pour certains : "Soma ne dors pas, n'oublie pas tes mineurs".

Devant le bureau local du syndicat des mineurs, ils chantent l'hymne national avant d'appeler une nouvelle fois à la "démission du gouvernement", accusé de négligence dans cette catastrophe minière.

L'explosion survenue mardi dans la principale mine de charbon de la ville a causé la mort de près de 300 personnes. Le ministère de l'Energie a transmis vendredi soir la liste des 284 défunts dans l'accident, le plus meurtrier dans l'histoire du pays.

- "Vous voulez la guerre ?" -

Pour la première fois depuis l'accident minier, la police est intervenue à coups de gaz lacrymogène, de canons à eau et de balles en caoutchouc contre une foule endeuillée, qui ripostait en jetant des projectiles.

Au moins cinq personnes, dont deux policiers, ont été blessés. Plusieurs manifestants ont été interpellés.

"Vous allez vous en prendre aux mineurs de ce pays ?", "vous voulez une guerre ?", hurle, hors de lui, un manifestant tandis que plusieurs autres appellent les policiers à les rejoindre.

L'émotion suscitée par la mort de près de 300 mineurs, dans cette catastrophe industrielle, s'est rapidement muée en fronde contre le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et le gouvernement islamo-conservateur de l'AKP.

"Si c'était arrivé dans un pays européen, le gouvernement aurait démissionné mais eux nous prennent pour des moutons !", lance Eyyüp Gülmez, mineur à la retraite, au commissaire de police venu appeler à la dispersion.

"Ce n'est pas un coup du destin, c'est un meurtre", renchérit Burhan Celik, 23 ans, en réponse au discours du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui a invoqué la fatalité, lors de sa visite à Soma mercredi.

Il y a trois semaines, une proposition de loi déposée au Parlement et visant à instaurer une commission de contrôle des mines du pays a été rejetée par les députés de l'AKP.

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté jeudi à Istanbul, Ankara et Izmir, où la police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule.

A moins de deux semaines de l'anniversaire de la contestation du parc Gezi, le moindre rassemblement est très vite réprimé.

A chaque appel à manifester aux abords de la place Taksim, les forces de l'ordre, en surnombre, mettent en place des barrages dans toute la ville pour empêcher les contestataires de se rejoindre.

bat/bir

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