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Un mort et une centaine de blessés dans des émeutes antichinoises au Vietnam

15/05/2014 10:22 EDT | Actualisé 15/07/2014 05:12 EDT

Un Chinois a été tué et une centaine d'autres blessés au Vietnam, suscitant la colère de la Chine, qui refuse de cesser l'exploitation d'une plateforme pétrolière dans des eaux contestées, une attitude jugée préoccupante par Washington.

Les violences, qui ont éclaté mardi dans le sud du Vietnam, ont été déclenchées par le déploiement par Pékin de cette plateforme au large d'îles que se disputent les deux pays communistes en mer de Chine méridionale.

"Ce que nous allons faire, c'est assurer la sécurité de cette plateforme pétrolière et nous assurer qu'elle continuera à fonctionner", a asséné jeudi à Washington le général Fang Fenghui après une rencontre avec son homologue américain Martin Dempsey au Pentagone.

Le Vietnam a envoyé sur place des navires pour tenter de perturber l'exploitation de la plateforme, a-t-il assuré, "et c'est quelque chose que nous ne pouvons pas accepter".

Le vice-président américain Joe Biden, qui a également rencontré le général Fang jeudi à Washington, a fait part de "la vive préoccupation des Etats-Unis quant aux actions unilatérales de la Chine dans des eaux contestées avec le Vietnam".

"Le vice-président a réaffirmé que les Etats-Unis ne prenaient pas position dans les différends territoriaux mais qu'aucun pays ne devrait adopter des mesures provocatrices visant à asseoir ses prétentions sur les régions disputées, d'une façon qui menace la paix et la stabilité dans la région", indique un communiqué de la Maison Blanche.

Pékin ne doit pas écarter le recours à la force face aux "provocations" du Vietnam qui "sous-estime" la détermination de la Chine à défendre sa souveraineté territoriale, a estimé de son côté vendredi un journal de la presse d'Etat, le quotidien Global Times.

Au Vietnam, dont le régime autoritaire à parti unique ne tolère habituellement aucune contestation, le Premier ministre, Nguyen Tan Dung, a décrit la situation comme "très sérieuse" et affirmé que les émeutiers devaient être sanctionnés, tout en jugeant que le patriotisme des manifestants était "une bonne chose".

La récente flambée de violences "est directement liée à l'indulgence du gouvernement vietnamien et à sa connivence avec une partie des forces antichinoises et des fauteurs de troubles", a accusé de son côté Hua Chunying, porte-parole de la diplomatie chinoise.

Selon des experts, le gouvernement vietnamien permet certaines manifestations afin d'exprimer son extrême mécontentement envers Pékin mais il pourrait avoir été dépassé par l'ampleur du mouvement.

Des centaines de ressortissants chinois installés au Vietnam se sont réfugiés au Cambodge voisin, selon la police cambodgienne.

Les dernières émeutes se sont produites dans le centre du pays, dans la province de Ha Tinh, à quelque 500 kilomètres de Hanoï.

- Rancoeurs nationalistes -

Après le pillage de parcs industriels dans le sud, c'est une aciérie du groupe taïwanais, Formosa Plastics, qui a été prise pour cible par la vindicte populaire dans la nuit de mercredi à jeudi. "Un employé chinois a été tué", a déclaré un responsable local, Dang Quoc Khanh, ajoutant que trois bâtiments hébergeant les ouvriers chinois avaient été incendiés.

Au moins 149 personnes ont été blessées, selon un dernier bilan officiel, et 76 interpellées.

Selon l'agence officielle Chine nouvelle, au moins une dizaine d'employés chinois restaient introuvables jeudi.

Le Vietnam et la Chine ont une longue histoire émaillée de contentieux nourrissant les rancoeurs nationalistes.

En 1974, alors que les Etats-Unis se retiraient du Vietnam, la Chine avait pris le contrôle des îles Paracels (Xisha en chinois) en mer de Chine méridionale, occupées par le Sud-Vietnam. En 1979, les deux voisins communistes se sont également affrontés lors d'une guerre, brève mais sanglante, après l'invasion par la Chine des provinces les plus septentrionales du Vietnam. Puis en 1988, les forces chinoises prennent le contrôle des Spratleys (Nansha en chinois) à la suite d'un accrochage.

Les deux pays ont toutefois normalisé leurs relations en 1991 et multiplié les liens économiques.

Mais la politique revendicative de Pékin et son annonce début mai du déploiement d'une plateforme de forage pétrolier en eau profonde dans les eaux contestées a réveillé les vieux démons nationalistes au Vietnam.

Des milliers de manifestants antichinois avaient déjà incendié mardi plus de 10 usines dans des parcs industriels près de Ho Chi Minh-Ville.

Les archipels des Paracels et des Spratleys sont supposés riches en pétrole et sont situés sur d'importantes voies maritimes internationales.

Le Vietnam a dénoncé une décision "illégale" et exigé que la plateforme soit retirée.

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