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Un Chinois tué dans de nouvelles émeutes antichinoises au Vietnam (police)

15/05/2014 02:38 EDT | Actualisé 14/07/2014 05:12 EDT

Un Chinois travaillant au Vietnam a été tué et une centaine d'autres blessés lors d'émeutes rarissimes dans ce pays, faisant redouter une escalade de violences antichinoises chez ce voisin communiste de la Chine.

Ces émeutes, qui ont débuté mardi dans le sud du Vietnam, ont été déclenchées par le déploiement par Pékin d'une plateforme pétrolière dans des eaux disputées par Hanoï.

Les violences se sont étendues à 22 des 63 provinces du Vietnam, a annoncé le gouvernement, confronté à des émeutes sans précédent depuis des décennies.

Hanoï, régime autoritaire à parti unique qui ne tolère aucune contestation habituellement, a promis des "mesures sévères" pour reprendre la situation en main avant que les incidents n'effrayent les investisseurs étrangers.

"J'ai demandé au Premier ministre des mesures sévères", a déclaré le ministre de la Planification et des Investissements, Bui Quang Vinh, évoquant 400 entreprises touchées au total par ces violences.

Les dernières émeutes se sont produites dans le centre du Vietnam, dans la province de Ha Tinh, à quelque 500 kilomètres de Hanoï.

Après le pillage de parcs industriels dans le sud, c'est une aciérie du groupe taïwanais Formosa qui a été prise pour cible par la vindicte populaire dans la nuit de mercredi à jeudi.

"Un employé chinois a été tué", a déclaré à l'AFP un responsable des autorités locales, Quoc Khanh, ajoutant que trois bâtiments hébergeant les ouvriers chinois avaient été incendiés sur le site de Formosa.

-100 blessés-

"Au total, quelque 100 ouvriers chinois ont été blessés... Les émeutiers sont partis, mais nous avons tous peur qu'ils reviennent", a déclaré à l'AFP un diplomate taïwanais à Hanoï, Huang Chih-peng. Un médecin urgentiste de Ha Tinh a confirmé l'hospitalisation de plusieurs blessés chinois.

Des manifestants antichinois avaient déjà incendié mardi plus de dix usines dans des parc industriels de la région de Ho Chi Minh-Ville, l'ex-Saïgon, capitale économique vietnamienne, dans le sud. La Chine avait alors exprimé ses "graves inquiétudes".

La police antiémeutes y a été déployée et la situation est redevenue calme, selon les autorités. Des milliers de Vietnamiens travaillant dans ces zones industrielles à capitaux étrangers, élément clé de l'économie vietnamienne, avaient participé aux émeutes (20.000 selon les autorités), conduisant à la fermeture temporaire de plusieurs usines dont un fournisseur des groupes américains Nike et Adidas. Au total, 500 d'entre eux ont été interpellés, avait annoncé la police mercredi.

Des entreprises taïwanaises, sud-coréennes et japonaises en ont également été victimes, en raison d'une apparente méprise des manifestants.

Des centaines de ressortissants chinois installés au Vietnam se sont réfugiés au Cambodge voisin, a signalé la police cambodgienne à l'AFP.

"Plus de 600 Chinois ont fui le Vietnam pour le Cambodge hier par le poste-frontière de Bavet", dans l'est du pays, a déclaré le porte-parole de la police cambodgienne Kirt Chantharith. Et le mouvement se poursuit, a-t-il ajouté.

-une bataille pour des îles-

Chine et Vietnam ont des différends de longue date sur les archipels des Paracels et des Spratleys, dont les fonds sont supposés riches en pétrole et qui constituent d'importantes voies maritimes internationales.

Les tensions bilatérales ont fortement augmenté depuis l'annonce début mai par Pékin du déploiement d'une plateforme de forage pétrolier en eau profonde dans les eaux contestées, un acte décrit par les Etats-Unis comme "provocateur".

Le Vietnam a dénoncé une décision "illégale" et exigé que la plateforme soit retirée. Hanoï a aussi envoyé des navires dans la région et les deux capitales se renvoient la responsabilité de provocations entre leurs navires, Pékin parlant de bateaux "percutés" par les Vietnamiens.

L'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) avait fait part cette semaine de sa "grande préoccupation" à propos des disputes territoriales en mer de Chine méridionale.

Des dizaines de manifestations antichinoises ont eu lieu depuis fin 2007 au Vietnam, mais sans atteindre cette ampleur.

Selon des experts, le gouvernement vietnamien permet certaines manifestations afin d'exprimer son extrême mécontentement envers Pékin. Mais il pourrait avoir été dépassé par l'ampleur du mouvement, précisent-ils.

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