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Taksim: en colère, les manifestants tentent de mobiliser après l'accident minier

15/05/2014 04:32 EDT | Actualisé 15/07/2014 05:12 EDT

A deux semaines du premier anniversaire des manifestations pour le parc Gezi à Istanbul, les contestataires défient des policiers en surnombre pour dénoncer cette fois le rôle du gouvernement dans la tragédie minière de Soma.

Le pays vit depuis deux jours la plus grande catastrophe industrielle de son histoire avec la mort de près de 300 personnes dans l'explosion survenue mardi dans une mine de charbon à Soma (nord-est d'Izmir).

Le bilan, encore provisoire, ne cesse de s'alourdir et la population demande déjà des comptes au gouvernement de l'AKP, parti de la Justice et du développement.

Postés devant une centaine de policiers, et deux camions à eau, à quelques encablures de l'emblématique place Taksim, les manifestants défient les forces de l'ordre d'user de gaz lacrymogènes en criant: "Taksim sera le cimetière des fascistes", "l'AKP est responsable de cette catastrophe" ou "assassins".

"On ne nous dit pas la vérité sur le nombre de personnes mortes ou coincées", se désespère Sinan Cikar, 20 ans, venu manifester contre le gouvernement qu'il juge "évidemment responsable".

"Si on avait pris les précautions nécessaires, on n'aurait jamais eu un tel accident", dit-il, pointant la négligence des pouvoirs publics.

"Erdogan donne des exemples d'accidents miniers dans les années 1800 en Angleterre, dans les années 1900 aux Etats-Unis, mais on est en 2014 !", s'époumone le jeune jeune homme, le casque de chantier fixé sur le crâne et le visage enduit, tel un mineur de charbon.

"Ce n'est pas le destin, c'est un meurtre !", renchérit Ezgi Kurt, 24 ans.

Comme elle, ces irréductibles, qui viennent manifester contre le gouvernement de l'AKP à chaque nouveau scandale, ont du contourner tous les barrages policiers dans les rues d'Istanbul pour se rassembler.

Le scénario est désormais bien rôdé: à chaque nouvel appel à manifester, le parc Gezi est bouclé, les abords de la place Taksim bloqués aux manifestants et des barrages de police se mettent en place à chaque coin de rue.

"C'est un véritable Etat policier", peste Burak Yilmaz, 18 ans, venu, peiné par le faible nombre de manifestants.

"En juin dernier, on avait pris de court la police", se souvient le lycéen qui parle aujourd'hui d'une "stratégie de guerre mise en place par les forces de l'ordre pour (nous) empêcher de manifester".

Il y a un an, parti d'une mobilisation contre un vaste projet d'urbanisme menaçant le parc Gezi à Istanbul, le mouvement s'était mué en une véritable contestation contre le gouvernement de l'AKP, au pouvoir depuis 2002.

Les heurts entre policiers et manifestants ont fait 8 morts et plus de 8.000 blessés.

"Les gens ont peur depuis les mouvements de Gezi et les violences policières", pense Burak Yilmaz.

bat/mr

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