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Ouverture à Genève du procès de l'ex-chef de la police du Guatemala

15/05/2014 04:29 EDT | Actualisé 14/07/2014 05:12 EDT

Le procès de l'ex-chef de la police du Guatemala, Erwin Sperisen, suisse et guatémaltèque, accusé d'avoir planifié ou participé à l'"assassinat" de dix détenus au Guatemala s'est ouvert jeudi à Genève et devrait durer trois semaines.

Lors de cette première journée, le tribunal a rejeté les demandes présentées par la défense qui souhaitait notamment l'audition de l'ancien président du Guatemala Oscar Berger et du directeur du système pénitentiaire au moment des faits, Alejandro Giammattei.

De nationalité suisse (son grand-père paternel a émigré au Guatemala), M. Sperisen, 43 ans, ne peut pas être extradé au Guatemala pour y être jugé, mais la loi suisse permet de poursuivre tout ressortissant suisse même si les crimes ont été commis à l'étranger.

Surnommé le "Viking" en raison de sa barbe rousse et de sa grande et forte stature, il a toujours contesté les faits qui lui sont reprochés par le procureur genevois et par la partie plaignante, qui est la mère d'un des dix détenus décédés.

M. Sperisen avait été arrêté en Suisse le 31 août 2012, alors qu'il était installé à Genève depuis 2007 chez son père, le représentant du Guatemala à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Depuis il séjourne en prison, la justice genevoise lui refuse la liberté conditionnelle jugeant trop élevé le risque de fuite.

Le procureur genevois Yves Bertossa l'accuse d'avoir, durant son mandat à la tête de la police du Guatemala entre juillet 2004 et mars 2007, organisé, planifié et dirigé des opérations visant à éliminer dix détenus.

Le chef d'accusation retenu à l'encontre de M. Sperisen est l'"assassinat" de dix personnes: soit l'exécution sommaire -- ensuite maquillée -- de 7 détenus lors d'une opération au centre pénitentiaire de Pavon en septembre 2006, et l'exécution sommaire de 3 détenus qui s'étaient évadés en 2005 de la prison Infiernito.

Selon le procureur, M. Sperisen a lui même tué, avec une arme à feu, l'un des sept détenus de la prison Pavon. Un témoin, un Français, doit d'ailleurs être entendu le 21 mai. "Mon client, pensionnaire à l'époque de l'établissement de Pavon, déclara à l'instruction qu'il fut le témoin oculaire de l'homicide d'un détenu", a expliqué son avocat, Nicolas Gurtner.

- Son n°2 acquitté en Autriche -

Javier Figueroa, l'ex-bras droit de l'accusé, figure aussi sur la liste des témoins, selon l'agence de presse suisse ats. Poursuivi par la justice autrichienne pour quasiment les mêmes faits que son supérieur, il avait été acquitté en 2013.

Selon l'ONG suisse Trial, qui lutte contre l'impunité dans le monde, l'accusé risque la prison à vie.

L'ancien patron de la police guatémaltèque est marié et père de trois enfants. Il est membre du Parti évangélique suisse, selon Trial.

M. Sperisen a quitté le Guatemala en 2007 après un scandale. Le ministre de l'Intérieur du Guatemala Carlos Vielmann et M. Sperisen ont en effet présenté leur démission en mars 2007, deux semaines après l'assassinat de trois parlementaires salvadoriens.

Depuis, M. Vielmann, qui possède les nationalités guatémaltèque et espagnole, s'est installé en Espagne où il doit être jugé pour les mêmes faits que ceux reprochés à M. Sperisen.

apo/rhl

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