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Le fan brésilien, 12e homme qui peut doper ou plomber la Seleçao

15/05/2014 06:09 EDT | Actualisé 15/07/2014 05:12 EDT

Les bouillants supporteurs brésiliens sont prêts à se casser la voix pour encourager la "Seleçao" lors du Mondial. Un atout maître autant qu'une épée de Damoclès pour Neymar et les siens, sur la route du sixième titre mondial tant espéré.

Car la pression sera énorme sur les auriverde et leur sélectionneur Luiz Felipe Scolari plus que jamais favoris sur leurs terres. Ce sera le triomphe, le 13 juillet au soir, dans les tribunes du stade Maracana de Rio de Janeiro. Ou rien. L'opprobre nationale. Tolérance zéro.

L'humiliation à la Coupe du monde de 1950 - quand l'Uruguay avait soufflé le titre au Brésil par 2 à 1 dans ce même Maracana, a marqué au fer rouge la mémoire collective brésilienne.

Un traumatisme national que les cinq coupes du monde -le record absolu- remportées depuis par le Brésil n'ont jamais totalement effacé.

Ces quatre dernières années, le supporteur a oscillé. Entre désamour total, au moment ou la nouvelle génération Neymar enchaînait les prestations médiocres et végétait à la 23e place du classement Fifa: "ça va être une honte!". Et optimisme exagéré depuis la victoire en coupe des Confédérations en juin 2013 : "La Coupe va rester ici".

La victoire d'un Brésil enfin retrouvé sous la baguette magique de Felipao face à l'Espagne (3-0) l'an dernier a ravivé la passion, ressoudé la "torcida".

"Nous avons aujourd'hui quelque chose que d'autres équipes n'ont pas au Brésil, c'est le 12e joueur. Notre Seleçao aura 200 millions de supporteurs qui, même s'ils ne sont pas sur le terrain, nous soutiendront", a déclaré le sélectionneur Scolari la semaine dernière.

- "Le champion est de retour!"

Ceux qui ont assisté à la Coupe des confédérations savent l'enfer qui attend les adversaires du Brésil: des tribunes entièrement vert et jaune, qui se renvoient leurs chants en écho, de tribunes en tribunes, pendant 90 minutes.

L'hymne national qui exalte "Le Brésil, un rêve intense, un rayon lumineux d'amour et d'espoir qui se répand sur la terre", était chanté à pleins poumons dans les tribunes avant les matchs et repris à capella jusqu'à l'ultime couplet, bien longtemps après que la musique des hauts parleurs se soit tue.

"Je suis dans le football depuis pas mal d'années et je n'avais jamais entendu ça", avait confié, bluffé, l'arbitre (pourtant anglais!) Howard Webb, après le match Brésil-Mexique à Fortaleza.

"Le plus beau moment de ma vie de journaliste de foot, ex-æquo avec avoir vu Mandela sur la pelouse de la finale du Mondial-2010", se souvient un spécialiste de l'AFP, Yann Bernal.

Et quand, le soir de la finale, le capitaine Tiago Silva avait soulevé le trophée, le légendaire Maracana a retenti à l'unisson de ses 78.000 fidèles d'un seul cri: "Le champion est de retour!"

"La force de notre 'torcida' est l'un des points les plus importants pour le moral de l'équipe", a déclaré en mars à l'AFP Jairzinho, champion avec le Brésil en 1970 et le seul joueur à marquer un but à chaque match d'un Mondial.

- Héros et vilains -

Tous les Brésiliens n'auront pas de billets pour assister aux matches de leur équipe. Mais ils voudront profiter de chacune des 90 minutes qu'ils passeront dans les stades. Dilemme : quelle équipe soutenir à part le Brésil?

Pendant la Coupe des Confédérations le supporteur brésilien avait adopté Tahiti, petit poucet du tournoi, et le Nigeria, avec lequel les supporteurs de Bahia (nord-est) majoritairement afro-descendants s'étaient identifiés.

L'Espagne championne du monde en titre avait elle hérité du mauvais rôle et essuyé pas mal de huées dans les stades.

Et le fait que l'attaquant brésilien Diego Costa, jamais sélectionné avec le Brésil, ait opté pour la nationalité espagnole et la "Roja" ne risque pas d'arranger les choses dans un mois.

La passion Seleçao n'empêche pas des voix discordantes dans le pays, ébranlé il y a un an par une fronde sociale massive contre les milliards engloutis par l'Etat brésilien pour la préparation du Mondial et la pauvreté des services publics de base.

Les plus radicaux, l'extrême gauche et les anarchistes, promettent à nouveau d'en découdre sous le slogan "La coupe n'aura pas lieu".

Seront-ils rejoints par des centaines de milliers de Brésiliens? Sentira-t-on le soir de la grande finale les effluves piquantes des gaz lacrymogènes se répandre dans les tribunes du Maracana comme en juin 2013?

La Seleçao et son 12e homme détiennent une partie de la réponse...

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