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Des acteurs européens du numérique s'unissent face à la dominance de Google

15/05/2014 07:19 EDT | Actualisé 15/07/2014 05:12 EDT

L'Open Internet Project (OIP), qui regroupe quelque 400 acteurs européens du numérique a lancé jeudi à Paris sa première conférence pour défendre la "neutralité du Net" face à Google et doit déposer à Bruxelles une nouvelle plainte contre le géant américain.

Ces start-up, groupes de médias comme Axel Springer, Lagardère Active, ou CCM Benchmark, en passant par le Geste, syndicat des éditeurs de contenus en ligne, ou celui des tour operators (SETO), issus de 15 pays d'Europe, dénoncent le monopole de Google sur les moteurs de recherche qui lui permet de manipuler "les résultats de recherche afin de promouvoir ses propres services et dégrader ceux de ses concurrents".

L'OIP, rejointe également par des associations de défense de consommateurs, souligne que la part de marché de 90% de Google sur les moteurs de recherche en Europe risquait d'étouffer l'innovation sur le continent et demande l'interdiction des pratiques de Google qui consistent à favoriser ses propres services.

"C'est de notre responsabilité de se lever, dans trois ou quatre ans il sera trop tard", a expliqué Benoît Sillard, patron du groupe de médias en ligne CCM Benchmark à l'AFP.

"On interpelle la Commission européenne (...) il faut de la régulation sinon on va écraser la créativité européenne", lance-t-il. Il donne en exemple le site de comparaison de prix en ligne Twenga, en difficultés depuis qu'il a subi une dégradation de sa visibilité sur Google, avec qui il se retrouvait en concurrence.

"Nous sommes pour une compétition équitable entre les acteurs" et "tant que Google pourra écarter d'un bruissement d'algorithme un concurrent, on n'aura pas atteint cet objectif", a pour sa part déclaré le président de Lagardère active, Denis Olivennes.

Il a estimé que si le groupe californien ne respectait pas des règles de compétition équitables "il faudra demander le dégroupage de Google", c'est-à-dire la scission entre le moteur de recherche et ses autres activités.

Le mois dernier le patron du géant de la presse européenne Axel Springer, l'Allemand Mathias Döpfner, avait sonné l'alarme, en déclarant avoir "peur de Google", qui combine le plus grand moteur de recherche au monde, la plus importante plateforme vidéo (Youtube), le courrier électronique le plus populaire (Gmail) et Android, le système d'exploitation pour mobiles le plus répandu.

Christoph Keese, vice-président exécutif d'Axel Springer a pour sa part critiqué jeudi l'enquête en cours contre Google à Bruxelles.

Le commissaire à la Concurrence Joaquin Almunia "veut une décision cet été (...) qui aura pratiquement le statut de loi", s'est-il inquiété. "Tous les Européens seraient liés par l'accord", ce qui "infligerait d'importants dommages à l'économie européenne et découragerait les investissements".

Une nouvelle plainte a été déposée jeudi à Bruxelles par l'OIP, pour dénoncer de nouveaux "excès" attribués à Google.

- opposition coordonnée à l'échelle européenne -

Cette démarche vient compléter les procédures en cours devant la Commission. L'OIP dénonce notamment les "remèdes" proposés dans le cadre d'une plainte de 2010 en cours à Bruxelles contre Google pour entrave à la concurrence qui devrait déboucher sur un règlement à l'amiable.

Le Commissaire Almunia a défendu sa position mardi, soulignant que Bruxelles avait "obtenu des concessions essentielles de la part de Google", dans une tribune publiée par la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

La secrétaire d'État française au numérique Axelle Lemaire a souligné mercredi que la position du commissaire Almunia était de plus en plus contestée.

L'opposition commence à se coordonner à l'échelle européenne, et cette période charnière est l'occasion pour la France de définir une stratégie à proposer à la Commission européenne qui doit être renouvelée après les élections européennes, a-t-elle indiqué à des journalistes.

Les règles du droit de la concurrence, que l'on a appliqué jusqu'à présent, ne sont pas du tout adaptées au secteur numérique, selon Mme Lemaire.

Intervenant en clôture de la conférence de l'OIP, le ministre français de l'Économie Arnaud Montebourg a averti que "La France n'acceptera pas un accord a minima avec Google" dans le cadre de l'enquête de la Commission européenne contre le géant américain.

Ole Schroeder, secrétaire d'État parlementaire du ministère fédéral de l'Intérieur et député du Bundestag en Allemagne et Francesco Boccia, président de la Commission des finances de la Chambre des députés italienne, devaient aussi intervenir à la conférence.

La fronde contre Google a aussi commencé à imprégner le milieu politique allemand puisque le gouvernement d'Angela Merkel avait mis sur la table la notion de "recherche sans discrimination" dans l'accord de coalition CDU/CSU/SPD.

L'Association de la Presse IPG, qui regroupe des éditeurs français de quotidiens et news magazine, a indiqué ne pas participer à l'OIP et avoir créé avec Google le Fonds pour l'innovation numérique de la Presse destiné à soutenir financièrement le secteur.

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