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Comparution en comité du chef du NPD, Thomas Mulcair, sur le bureau satellite

15/05/2014 02:07 EDT | Actualisé 15/07/2014 05:12 EDT

OTTAWA - La comparution du chef néo-démocrate Thomas Mulcair en comité sur l'utilisation supposément illégale des ressources de la Chambre pour des bureaux satellites, notamment à Montréal, s'est transformée, sans surprise, en une bataille des plus partisanes.

Il s'agirait de la première fois qu'un chef de parti témoigne devant un comité parlementaire composé de députés.

La réunion de jeudi, télévisée, était une occasion d'attaquer la crédibilité du chef néo-démocrate. Les conservateurs, majoritaires sur le comité, peuvent y faire ce que bon leur semble, y compris se servir d'une procédure obscure pour le forcer à y comparaître.

M. Mulcair a encaissé les questions des conservateurs et des libéraux pendant deux heures, avec calme, répartie, et parfois avec insolence.

Les conservateurs accusent le Nouveau Parti démocratique (NPD) d'avoir utilisé l'argent des contribuables pour financer des activités partisanes.

Plus précisément, les fonds de la Chambre des communes auraient servi à payer des employés et des bureaux pour le parti — et non pas pour le soutien aux activités parlementaires des députés comme il est prévu —, soutiennent les conservateurs.

M. Mulcair a répété sans relâche que toutes les règles avaient été rigoureusement suivies.

Il a expliqué que le NPD louait des bureaux à Montréal pour le parti et que des employés parlementaires y travaillaient aussi. Après un changement des règles du Parlement en avril, ceux rattachés aux activités parlementaires ont quitté les lieux et travaillent depuis à la maison, a-t-il détaillé. Mais il y avait une claire séparation entre les deux types d'employés, selon le NPD.

Le bureau de Montréal a ouvert ses portes en 2011, peu après que la vague orange eut fait élire de nombreux députés inexpérimentés. L'idée était d'offrir de l'aide et du soutien aux nouveaux venus. Le parti a ensuite ouvert deux autres bureaux, l'un à Québec et l'autre à Toronto.

M. Mulcair a indiqué qu'il avait déclaré dès le début que ces employés travailleraient depuis Montréal: il offre pour preuve que les téléphones cellulaires de la Chambre des communes avaient des numéros dans le code régional 514 et que les chèques de paie étaient envoyés à Montréal.

Un formulaire de son parti, où la case «Ottawa» a été cochée en lien avec les employés, est toutefois revenu le hanter.

«La confusion vient du fait que la gestion de ces employés était faite d'Ottawa et non pas d'un bureau de circonscription», a-t-il fait valoir.

La façon de procéder est «acceptée, acceptable, légitime et légale», a-t-il ajouté.

Mais pour les conservateurs et les libéraux, les employés parlementaires rattachés à un parti doivent forcément travailler à Ottawa. Le chef du NPD a donc enfreint les règles, selon eux.

Mais M. Mulcair, s'il a accepté de comparaître devant le comité sans protester, ne s'est pas laissé faire.

Il en a profité pour envoyer quelques flèches aux conservateurs et même à ses adversaires libéraux.

Le chef néo-démocrate a expliqué que ses bureaux satellites sont nécessaires pour pouvoir rejoindre les Canadiens dans leur communauté, un contraste avec les conservateurs, a-t-il dit, et aussi avec les libéraux «qui ne font que parler avec les lobbyistes à Ottawa».

M. Mulcair a aussi affirmé que les bureaux satellites ont eu énormément de succès auprès des citoyens et ont contribué à faire croître le nombre de militants. Ils ont connu un tel succès, en fait, qu'ils font ombrage aux autres partis et que c'est la raison pour laquelle il se retrouve à devoir témoigner en comité, a raillé le chef du NPD.

De nombreux députés conservateurs étaient présents dans la salle de comité jeudi, une présence inhabituelle qui démontrait bien l'intérêt stratégique de la comparution du chef du NPD.

Et les députés conservateurs qui posaient les questions n'ont pas été tendres envers le chef néo-démocrate.

«Je n'ai jamais vu de témoin aussi évasif», a même laissé tomber le député Stephen Woodworth, qui a mené la charge pour les conservateurs.

«Lors de mes 36 années au gouvernement, M. Woodworth, je n'ai jamais vu le parti au pouvoir s'arranger avec ses sbires libéraux pour forcer (un interrogatoire du) chef de l'opposition», a rétorqué M. Mulcair.

Le chef néo-démocrate a quitté le comité, tout sourire, sans signe apparent de stress, disant que cela s'était «bien passé».

Le Bureau de régie interne des Communes continue son enquête sur les bureaux satellites. Il pourrait demander au NPD de rembourser les Communes pour les salaires de ces employés — une somme importante.

La même journée, à la Chambre des communes, le secrétaire parlementaire de Stephen Harper, Paul Calandra, a accusé le NPD d'avoir «probablement, potentiellement illégalement» dépensé quelque 3 millions $ qui appartiennent aux contribuables.

«Remboursez les contribuables. Faites ce qui est juste», a-t-il lancé à M. Mulcair.

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