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Une explosion dans une mine de charbon fait au moins 274 morts en Turquie

14/05/2014 08:01 EDT | Actualisé 14/07/2014 05:12 EDT

SOMA, Turquie - De violents affrontements ont éclaté mercredi à Soma, dans l'ouest de la Turquie, où au moins 274 mineurs de charbon ont été tués par une explosion et l'incendie qui a suivi.

Près de 450 autres mineurs ont été secourus, a indiqué la compagnie propriétaire de la mine, mais le sort de 150 mineurs demeure incertain, dans ce qui pourrait être une des pires catastrophes minières des dernières décennies.

Les nerfs étaient à vif alors que des centaines de proches des victimes attendaient des informations devant la mine, sous la surveillance de nombreux policiers. Des femmes pleuraient sans cesse, des hommes agenouillés sanglotaient et d'autres regardaient au loin, l'air hébété, pendant que les secouristes retiraient corps après corps. Des responsables turcs qui se sont approchés de la foule ont été invectivés.

Au centre-ville de Soma, des manifestants pour la plupart très jeunes ont affronté des policiers antiémeute mercredi après-midi, devant le siège social du parti au pouvoir NKP. Les policiers étaient équipés de canons à eau et de masques à gaz.

Plusieurs dans la foule ont exprimé leur colère à l'endroit du gouvernement du premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Des pierres ont été lancées aux policiers, qui ont pris en chasse certains manifestants. D'autres ont lancé que M. Erdogan était un «meurtrier» et un «voleur». La police a érigé des barricades autour de l'hôpital de Soma, pour empêcher la foule de s'approcher des mineurs blessés.

À Istanbul, des centaines de manifestants se sont massés devant le siège social du propriétaire de la mine, Soma Komur Isletmeleri. Dans la capitale, Ankara, l'agence Dogan rapporte que la police est intervenue pour disperser des manifestants qui tentaient de se rendre jusqu'au ministère de l'Énergie.

M. Erdogan a déjà prévenu que des groupes radicaux tenteront de profiter de la catastrophe pour salir son gouvernement. Il avait précédemment proclamé trois jours de deuil national et ordonné que tous les drapeaux soient mis en berne. Il a également reporté un déplacement prévu en Albanie pour se rendre à Soma, à environ 250 kilomètres au sud d'Istanbul.

«Nous espérons, avec la grâce de Dieu, qu'ils s'en sortiront, a-t-il dit au sujet des mineurs toujours coincés. C'est ce que nous souhaitons.»

Les responsables ont expliqué que l'incendie a été provoqué par l'explosion d'une unité de distribution électrique et que les victimes ont été empoisonnés par des émanations de monoxyde de carbone. Le premier ministre a promis que la tragédie ferait l'objet d'une enquête «dans les moindres détails» et «qu'aucune négligence ne sera oubliée».

M. Erdogan a discuté des opérations de secours avec les responsables, avant de s'approcher de l'entrée de la mine avec son entourage. Il a aussi rencontré et tenté de réconforter les proches de certains disparus.

Le ministère turc du Travail et de la Sécurité sociale affirme que la mine avait été inspectée à cinq reprises depuis 2012, le plus récemment en mars 2014, et qu'aucun problème de sécurité ou autre n'y avait été détecté.

Le ministre turc de l'Énergie, Taner Yildiz, a indiqué que 787 personnes se trouvaient à l'intérieur de la mine au moment de l'accident, que 274 ont perdu la vie et que des dizaines d'autres ont été blessées. Plus de 400 secouristes sont sur place.

«En ce qui concere l'opération de secours, je peux simplement dire que nos espoirs diminuent», a dit M. Yildiz.

Le dernier mineur à s'en sortir vivant a rejoint la surface à l'aube. D'autres mineurs seraient restés coincés dans la mine quand une panne de courant a paralysé les ascenseurs.

L'explosion s'est produite à environ deux kilomètres à l'intérieur de la mine, au moment où les travailleurs se préparaient à un changement de quart, ce qui a probablement contribué à l'importance du bilan.

Les accidents miniers sont fréquents en Turquie, en raison des nombreux problèmes de sécurité qui touchent le pays. Le pire accident du genre jamais survenu au pays s'est produit en 1992, quand une explosion de gaz a tué 263 personnes près de la ville portuaire de Zonguldak, sur la mer Noire.

La compagnie propriétaire de la mine, Soma Komur Isletmeleri, a indiqué par voie de communiqué que les secouristes tentent toujours d'évacuer les gaz nocifs et d'injecter de l'air pur dans la mine.

«Nous sommes profondément attristés d'avoir perdu 238 de nos collègues», a-t-elle déclaré, avant d'ajouter que près de 450 autres personnes ont été secourues. Les responsables turcs avaient précédemment fait état de 363 mineurs sauvés.

Les secouristes continuaient mercredi à retirer des corps de la mine de Soma. Une fois à la surface, les draps qui recouvrent le visage des victimes sont retirés pour permettre à la foule de les identifier. Plusieurs visages sont aussi noirs que le charbon.

Des mineurs qui n'étaient pas en devoir au moment de l'accident ou arrivés d'autres mines participent aussi aux opérations de secours. Un homme a raconté avoir mené une équipe de dix hommes environ un kilomètre dans la mine et avoir retrouvé trois corps. Ils ont dû rebrousser chemin en raison de la fumée dégagée par le charbon qui brûle.

Un homme âgé s'est mis à hurler quand il a reconnu une des victimes et les policiers ont dû intervenir pour l'empêcher de monter à bord de l'ambulance qui emportait la dépouille.

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