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Manifestations violentes en Turquie après l'explosion d'une mine de charbon, le premier ministre Erdogan pris à partie

14/05/2014 02:17 EDT | Actualisé 14/07/2014 05:12 EDT
OZAN KOSE via Getty Images
Riot police disperse protestors with tear gas and rubber bullets during a protest at Istiklal avenue in Istanbul on May 14, 2014. Anger was growing across Turkey on May 14 as hopes faded for scores of workers trapped in a collapsed mine and the death toll hit 245, edging it closer to becoming the country's worst-ever industrial disaster. AFP PHOTO/OZAN KOSE (Photo credit should read OZAN KOSE/AFP/Getty Images)

Le bilan de l'explosion dans une mine en Turquie s'est alourdi mercredi à 245 morts alors que le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a été vivement pris à partie par des manifestants qui lui reprochaient de négliger la sécurité dans le secteur minier.

Des milliers de manifestants se sont heurtés mercredi à Istanbul à la police anti-émeute turque après l'accident, a constaté un photographe de l'AFP.

Les manifestants, dont la plupart appartenaient à des syndicats de gauche, ont scandé des slogans antigouvernementaux dans le centre d'Istanbul, la police répondant par des tirs de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc.

Les espoirs s'amenuisaient pour retrouver vivants quelque 120 mineurs bloqués sous terre dans la mine de charbon située à Soma (province de Manisa), dans l'ouest du pays.

"Le nombre de personnes qui ont perdu la vie est de 245", a annoncé le ministre de l'Energie Taner Yildiz.

M. Erdogan, qui s'est rendu sur place à la mi-journée, a fait état d'une "enquête approfondie" sur les causes de l'accident, l'une des pires catastrophes industrielles qu'ait connue la Turquie.

Il a promis de faire toute la lumière sur cette tragédie en rejetant toute responsabilité de son gouvernement, accusé de négligence dans ce drame, affirmant "que les accidents au travail arrivent partout dans le monde".

Sur place les secouristes s'activaient désespérément à ressortir un mineur vivant du puits mais hélas, les brancards ne transportaient que des cadavres.

Un mineur d'une autre entreprise, Mustafa Yildiz, venu aider ses collègues, n'a néanmoins pas perdu espoir.

"Là on va retourner au fond (...) pour essayer de sauver des gens, nos amis sont là, notre âme est avec eux, à l'intérieur, ce sont nos frères, ce sont nos pères, ce sont les nôtres (...), ce qui leur est arrivé aurait pu nous arriver à nous"

Un peu plus loin, un autre mineur qui vient juste de sortir de la mine, Murat Kurkoglu, affiche, lui, son pessimisme: "on va essayer de sortir ceux qui sont encore bloqués, un par un (...) Mais vous savez très bien qu'il n'y a plus d'espoir, c'est fini pour eux".

Le médecin responsable des secours pour l'association SAR (Search and Rescue), Erdem Bakin, met pour part en relief les risques encourus par les sauveteurs.

"On ne va pas au-delà de 100 m au fond de la mine, personne ne peut aller jusqu'au bout, c'est impossible car il y a de très grands risques d'asphyxie à cause du gaz", dit le spécialiste, tout en voulant garder un peu d'espoir.

Trois jours de deuil national ont été décrétés.

787 employés se trouvaient dans les galeries souterraines au moment de l'explosion mardi après-midi. Selon les autorités 363 mineurs ont été sauvés et, selon la compagnie qui gère la mine, "près de 450" .

Le gouvernement critiqué

La responsabilité du gouvernement est pointé du doigt.

Selon les médias locaux, trois semaines auparavant, le parlement a refusé de former une commission pour faire un état des lieux sur la sécurité des mines en Turquie. Les trois partis d'opposition ont soumis des propositions qui ont toutes été refusées par l'AKP, le parti majoritaire de la justice et du développement.

Lors de son intervention à la mairie de Soma, M. Erdogan a balayé les critiques, donnant des exemples d'accidents survenus dans plusieurs pays occidentaux.

A sa sortie, plusieurs dizaines d'habitants en colère ont hué le Premier ministre, certains scandant "gouvernement démission" malgré un nombre important de policiers qui se sont immédiatement interposés.

Les manifestants ont donné des coups de pieds au véhicule dans lequel se trouvait le dirigeant turc, selon l'agence de presse Dogan.

Le ministère du Travail a, quant à lui, publié un communiqué dans lequel il affirme que la mine de Soma a été contrôlée en mars et qu'aucune atteinte aux réglementations en vigueur n'a été relevée

Le bureau du procureur régional a lancé mercredi une enquête judiciaire sur cet accident.

Manifestations

L'accident a provoqué une nouvelle poussée de fièvre anti-gouvernementale dans le pays.

La police anti-émeutes a dispersé avec des grenades lacrymogènes une manifestation d'étudiants à Ankara et d'autres manifestation sporadiques ont été organisées dans les grandes villes.

A Istanbul, la police a dispersé une manifestation près de la place emblématique de Taksim qui, dans la soirée, a été cernée par la police.

Le régime turc a été la cible d'une fronde inédite l'été dernier, qui était précisément partie d'un projet d'urbanisation à Taksim, pendant laquelle des millions de personnes sont descendues dans les rues à travers le pays pour dénoncer son "autoritarisme" et sa "dérive islamiste".

Plus de 80 personnes ont été blessées dans le drame de Soma, dont quatre grièvement.

L'explosion a apparemment été provoquée par un transformateur électrique.

Les explosions dans les mines sont fréquentes en Turquie, en particulier dans celles du secteur privé où, souvent, les consignes de sécurité ne sont pas respectées.

L'accident le plus grave est survenu en 1992 quand 263 mineurs ont été tués.

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