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Le qat, une plante euphorisante grande consommatrice d'eau, assoiffe le Yémen

14/05/2014 01:45 EDT | Actualisé 13/07/2014 05:12 EDT

Nombreux sont les Yéménites qui en mâchent avec délectation. Mais les vertus euphorisantes du qat ont un prix pour leur pays, déjà l'un des plus arides au monde. Cette plante l'assèche encore plus.

Les plantations de qat absorbent en effet plus de la moitié des ressources en eau du Yémen. Elles continuent pourtant de s'étendre sur son territoire où la pauvreté et la violence font des ravages.

"La culture du qat requiert 60% des ressources hydriques du pays", précise un expert, Omar Madhaji, l'un des responsables de l'Autorité générales des ressources en eau.

La surface de son exploitation est ainsi passée de 10.000 hectares au début des années 1970 à 167.602 hectares en 2012, soit 12% des terres arables.

Chacun des 23 millions de Yéménites dispose de 120 mètres cubes d'eau par an, soit seulement 2% de la moyenne mondiale, selon l'Association internationale de développement (IDA), qui dépend de la Banque mondiale.

Pour le Yéménite moyen, la quête de l'eau est un casse-tête quotidien. C'est le cas à Sanaa, la capitale, où l'eau du robinet ne coule que deux fois par semaine pour les foyers raccordés au réseau.

Et selon Ali Al-Sarimi, président de l'Autorité de l'eau, seuls 45% le sont à Sanaa.

Le pays consomme 3 milliards de mètres cubes d'eau par an qui ne sont renouvelés qu'au tiers, ajoute-t-il.

"Regardez, c'est la facture d'eau d'un montant de 17.500 rials (80 dollars) mais il n'y a pas d'eau chez moi", se lamente Abdallah Massoud, un habitant de la capitale, venu acheter de l'eau dans une station de pompage des environs de la ville.

"La plupart des habitants de ce quartier dépendent de ce puits, dont l'eau est offerte par un généreux donateur. Mais c'est toujours la grande foule et on fait la queue pendant des heures pour s'approvisionner", souligne un autre habitant, Bachir Nachwan.

"La nappe phréatique de Sanaa enfermée dans des sédiments a été épuisée et les forages se font de plus en plus profonds, à 1.000 ou à 1.500 mètres", indique le géologue Ismaïl al-Janad.

- Le qat, l'une des plaies du Yémen -

La capitale yéménite de trois millions d'habitants, située à près de 2.300 mètres d'altitude, est enserrée dans des monts rocailleux. Mais il suffit de s'en éloigner un peu pour tomber sur des vallées verdoyantes où la culture du qat est intensive.

Dans l'une des plantations, l'eau coule à flots pour irriguer la rangée d'arbustes qui ressemblent à des ficus. Des employés s'activent à couper les branches et à préparer les bouquets de qat pour le marché de Sanaa.

Facile à cultiver, le qat, dont la cueillette se fait toute l'année, rapporte quatre fois plus que toute autre culture.

Mais il absorbe 30% de l'eau des nappes phréatiques et 60% de l'ensemble des ressources du pays, selon plusieurs experts.

La consommation de qat, qui débute dans l'après-midi et se prolonge jusque tard dans la nuit, s'est généralisée ces dernières années, après n'avoir été pendant de longues années qu'une habitude de riches.

Elle occupe de longues heures durant les Yéménites, dont les femmes et parfois les enfants, et ses effets pour la santé sont largement décriés.

Mais en dépit de nombreuses campagnes, sa consommation ne fait que s'étendre, grevant les budgets des Yéménites, dont le pays est l'un des plus pauvres du monde et où les violences meurtrières, qui sont le fait d'Al-Qaïda et d'autres groupes, sont quotidiennes.

Dans le gouvernorat de Sanaa, qui comprend la capitale et ses environs, il existe 4.000 puits creusés sans autorisation pour irriguer les arbustes de qat, indique Omar Madhaji.

Le pompage excessif de l'eau fait baisser le niveau de la nappe phréatique autour de Sanaa de trois à six mètres par an, indique-t-il.

"La seule alternative à l'épuisement de la nappe phréatique est de prendre des mesures urgentes pour interdire l'utilisation de l'eau pompée pour l'irrigation", préconise le géologue Ismaïl al-Janad.

Mais le ministre de l'Eau, Abdo Razaz Saleh Khaled, reconnaît que ses services n'ont pas réussi à interdire les activités des quelque 150 entreprises équipées pour creuser des puits artésiens dans la région de Sanaa. Il a estimé à 950 le nombre de ces entreprises dans le pays.

La solution à long terme serait, selon M. Janad, de recourir au dessalement de l'eau de mer, une option qui reste toutefois coûteuse pour un pays aux ressources financières limitées.

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