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La Turquie décrète un deuil national après l'accident minier qui a fait 205 morts

14/05/2014 04:07 EDT | Actualisé 13/07/2014 05:12 EDT

La Turquie a décrété mercredi un deuil national après un accident minier survenu la veille dans l'ouest du pays dont le bilan, encore provisoire, s'est alourdi à 205 morts.

"En raison de la catastrophe survenue dans la mine de Soma, un deuil national a été décrété pour trois jours à partir du (mardi) 13 mai", indique un communiqué du bureau du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Le Premier ministre islamo-conservateur, qui a annulé un déplacement en Albanie, se rendra en milieu de journée sur la zone.

Le chef de l'Etat Abdullah Gül a lui aussi annulé un voyage en Chine et doit se rendre jeudi à Soma.

L'accident provoqué par une explosion suivie d'un incendie s'est produit dans une mine de charbon de Soma, une ville située à une centaine de kilomètres d'Izmir (ouest, sur l'Egée).

Sur place, le ministre de l'Energie et des ressources naturelles, Taner Yildiz, a expliqué aux journalistes que le bilan du drame s'élevait à 205 morts et que celui-ci n'était que provisoire et pourrait s'aggraver.

"Le nombre de morts a augmenté à 205", a-t-il notamment dit, ajoutant: "Nos espoirs diminuent de plus en plus" pour retrouver des survivants.

Le drame est l'une des pires catastrophes industrielles de la Turquie.

Le ministre a expliqué qu'"un incendie continue" dans le puits.

Au total 363 mineurs ont pu être sauvés après le drame, selon les autorités, mais environ 200 autres seraient encore prisonniers dans le sol malgré les efforts des secouristes.

787 employés se trouvaient dans la mine de charbon quand une explosion et un incendie sont survenus mardi après-midi, selon les autorités.

- Le gouvernement critiqué -

Le gouvernement islamo-conservateur est critiqué pour une éventuelle négligence.

Mais M. Yildiz a voulu rassurer. "S'il y a eu négligence, nous ne fermerons pas les yeux. Nous prendrons toutes les mesures nécessaires, dont des mesures administratives et légales", dans un pays où les accidents de travail sont très nombreux.

D'ailleurs le bureau du procureur régional a lancé mercredi une enquête judiciaire sur cet accident.

Plus de 80 personnes ont été blessées dans le drame, dont quatre grièvement.

Mercredi matin des équipes de secouristes continuaient frénétiquement à travailler sur le site, tenant les journalistes et les badauds à une certaines distance de la zone.

Le ballet des ambulances a repris dès le petit jour autour du puits, mais à un rythme nettement plus lent que la veille. Pendant la matinée, moins d'une dizaines de mineurs ont été sortis de leur piège souterrain par les dizaines de sauveteurs qui continuent à se presser. La plupart d'entre eux étaient morts, enveloppés de la tête au pied dans une couverture. Seul l'un d'entre eux, apparemment inanimé, portait un masque à oxygène et a été évacué rapidement sur un hôpital de la région.

A chaque passage d'un brancard, des mains s'accrochent pour tenter d'arracher la couverture qui recouvre les dépouilles.

De nombreux gendarmes et policiers en armes étaient déployés autour du site pour faciliter les allées et venues des ambulances entre le site de la catastrophe et l'hôpital de Soma.

Sur un mobile home, des agents de l'AFAD, l'agence turque en charge des situations d'urgence, ont affiché de longues listes portant les noms de blessés, avec leur lieu d'hospitalisation. Bahar Galici la parcourt longuement puis se retourne. "Toujours rien", soupire la jeune femme.

Hasan Celik, mineur, travaille dans le puits accidenté mais était de repos mardi: "En ce moment il y a dix, quinze personnes qui sont en cours de remontée et les volontaires essaient d'en sortir d'autres".

Mais l'attente est insupportable pour les proches des mineurs.

"J'ai des parents à l'intérieur, notamment mon petit-fils, le fils de ma soeur. Je suis là depuis 16h hier après-midi ... Les trois travaillaient dans le même puits", explique Cemile Dag, une femme voilée d'une cinquantaine d'années.

Selon les premiers témoignages, l'explosion a apparemment été provoquée par un transformateur électrique, et a entraîné un effondrement bloquant les mineurs dans les galeries.

Le ministère turc du Travail et de la Sécurité sociale a indiqué que la mine avait été inspectée la dernière fois le 17 mars et qu'elle appliquait les normes en vigueur.

Les explosions dans les mines sont fréquentes en Turquie, en particulier dans celles du secteur privé où, souvent, les consignes de sécurité ne sont pas respectées.

L'accident le plus grave est survenu en 1992 quand 263 mineurs ont été tués dans une explosion de gaz dans la mine de Zonguldak (nord), le plus grand bassin minier de charbon de Turquie.

Le président de l'UE, Herman Van Rompuy, a adressé ses condoléances à la Turquie.

"Je voudrais exprimer mes sincères condoléances et ma profonde sympathie au gouvernement turc et à tout ceux affectés par l'accident tragique", a-t-il dit dans un communiqué.

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