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Julie Boulet affirme ne jamais s'être occupée de financement politique

14/05/2014 11:59 EDT | Actualisé 14/07/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'ancienne ministre libérale des Transports Julie Boulet a juré à la Commission Charbonneau, mercredi, qu'elle ne s'est jamais occupée du financement politique et que même si elle fait de la politique depuis une douzaine d'années, elle n'a jamais vraiment su combien elle amassait lors de ses cocktails et soupers.

«Je n'ai jamais, jamais fait de financement, je n'ai jamais vendu un seul billet pour un cocktail, peu importe l'activité de financement. Je n'ai jamais vendu une seule carte de membre. Jamais je n'ai téléphoné à quiconque pour avoir des sous», a-t-elle affirmé à la commission d'enquête.

Ce sont d'autres personnes de son entourage qui s'occupaient du financement, particulièrement Amina Chaffaï, a-t-elle assuré.

Pourtant, devant la commission, le propriétaire de l'entreprise de construction Maskimo, Louis Marchand, avait affirmé plus tôt cette semaine qu'après avoir été sollicité par Mme Chaffaï et avoir refusé de faire un don, il avait été contacté personnellement par Mme Boulet, qui s'était dite «très, très, très déçue» qu'il ne veuille pas participer à son activité de financement.

Mme Boulet confirme cet appel à M. Marchand, mais soutient qu'elle ne voulait pas ainsi faire pression pour qu'il vienne à son activité de financement. Elle voulait seulement voir si elle pouvait l'aider parce qu'il avait des problèmes, a-t-elle affirmé.

Mme Boulet a admis qu'elle faisait non seulement des cocktails à Grand-Mère et La Tuque, au printemps et à l'automne, auxquels venaient entre autres des entrepreneurs, mais aussi d'autres cocktails à Québec et Montréal durant quelques années.

Elle a admis que les ministres des Transports et des Affaires municipales sont les plus populaires lors des activités de financement parce que ces ministères octroient beaucoup de contrats.

Celle qui est aujourd'hui simple députée de Laviolette, en Mauricie, a soutenu qu'elle n'appréciait pas ces cocktails de financement et qu'elle ignorait même souvent qui y venait. «Des gens de pavage étaient là, mais je ne saurais pas vous dire qui. Est-ce qu'ils étaient tous là? Est-ce qu'il n'y en avait que quelques-uns? Des gens que je ne connaissais pas. Moi, d'abord, ces activités-là, je n'aimais pas ça _ on dit tous ça _ mais moi, je n'aimais pas ça. J'aimais mieux un dîner aux hot-dogs qu'une activité de financement», a-t-elle commenté.

Elle a ajouté qu'elle ignorait même l'existence d'un objectif de financement de 100 000 $ pour les ministres du gouvernement Charest _ ce que certains de ses collègues à Québec ont contredit. Elle a dit l'avoir appris de son collègue Norm McMillan quand il l'a dit publiquement. Elle sait pourtant qu'à trois reprises, elle a atteint cette somme de 100 000 $. Et elle connaît également l'objectif de financement des députés, pas des ministres.

Étonnamment, elle a été incapable de dire combien lui coûtait sa propre élection dans Laviolette, mais a pu dire qu'elle dépensait autant qu'elle y avait droit.

La juge France Charbonneau a manifesté son étonnement. «Vous dites que vous faites preuve de beaucoup de rigueur, que vous êtes attentionnée, que vous surveillez vos affaires, mais vous ne savez pas combien vous ramassez et vous ne savez pas combien coûtait votre élection?» a-t-elle tonné.

Mme Boulet a juré que même si des gens de l'industrie du pavage dans sa région sont venus à ses activités de financement, elle n'a «jamais donné d'avantages» à ces gens et cela n'a jamais influencé son travail comme ministre. Elle est allée «en politique pour aider les gens», a-t-elle martelé.

Par ailleurs, Mme Boulet a nié avoir «tassé» l'entreprise Maskimo parce que M. Marchand ne voulait plus faire de dons à son parti.

Pourtant, M. Marchand a affirmé devant la commission que ses relations s'étaient envenimées avec le cabinet de Mme Boulet après qu'il eut mis fin à la pratique de financer les partis, en 2009.

«Jamais, jamais, jamais, en aucun temps, je n'ai jamais donné une directive à qui que ce soit de ne pas leur donner de contrat ou de les tasser d'une quelconque façon; jamais», a assuré l'ancienne ministre libérale.

Par ailleurs, dans un extrait d'écoute électronique entre Jocelyn Dupuis, ex-directeur général de la FTQ-Construction, et l'entrepreneur Giuseppe Borsellino, de Constructions Garnier, ce dernier dit que «la ministre des Transports est dans mes sièges» au Centre Bell et ajoute: «j'ai donné quatre billets à la ministre».

Interrogée à ce sujet, Mme Boulet a d'abord noté qu'elle ne connaissait M. Borsellino que par les médias. Elle a nié être allée au hockey à cette date d'avril 2008. Ensuite, elle a précisé: «si c'est l'entreprise Garnier, c'est des billets que Tony Tomassi (un ex-député libéral) avait donnés et moi, je ne suis pas allée au hockey, c'est mon mari et mon fils qui y sont allés».

L'ex-ministre a également été interrogée sur une rencontre qu'elle a eue sur les lieux d'un colloque avec Marc Bibeau, de l'entreprise Schokbéton, souvent identifié comme le grand argentier du Parti libéral du Québec.

Mme Boulet a admis qu'elle l'avait rencontré à la demande de Violette Trépanier, responsable du financement du PLQ. Ce n'était pas pour parler de financement, mais «pour un dossier, un projet qu'il n'avait de toute évidence pas eu», a-t-elle ajouté.

Étonnamment, elle ne se rappelle plus du projet, mais se rappelle qu'«il n'y a eu aucune information privilégiée qui a été donnée» de sa part et qu'«on a parlé de l'information qui était publique» et que la rencontre a duré 10 minutes. Et elle se rappelle pourtant être sortie de la rencontre avec M. Bibeau en pensant qu'«on m'avait fait perdre mon temps».

Son témoignage se poursuivra jeudi.

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