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Une ingénieure a vu un «motton d'argent» à un chantier et s'est plainte, en vain

13/05/2014 05:10 EDT | Actualisé 13/07/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Une ingénieure qui a vu des irrégularités, notamment «un motton d'argent» arriver dans le bureau de son supérieur, est venue raconter à la Commission Charbonneau, mardi, qu'elle s'était plainte à ses supérieurs et à l'Ordre des ingénieurs, en vain.

Karen Duhamel, qui était alors ingénieure junior pour Genivar, s'occupait de vérifier les quantités de matériaux au chantier de l'autoroute 40 en direction est, entre le boulevard des Sources et l'autoroute 520, un tronçon réalisé en 2003. Le consortium Genivar-Tecsult y supervisait pour le ministère des Transports le contrat réalisé par Grands Travaux Soter.

Dès le départ, elle avait remarqué que les quantités de matériaux qu'elle inscrivait n'étaient plus les mêmes dans le document de paiement. Elle refusait de changer ses chiffres, qu'elle savait véridiques.

«Ce que l'entrepreneur soumettait, au final, pour la pierre, ça ne marchait pas. Lui en demandait plus que nos chiffres», a-t-elle expliqué.

Un jour, elle a même vu «un motton d'argent» amené par un ingénieur junior de Grands Travaux Soter. «Il rentre et là, dans les mains, il avait un motton d'argent, un motton. Moi, je suis restée bouche bée. J'ai figé. La secrétaire a dit à cette personne-là 'tu aurais pu au moins la mettre dans une enveloppe'. Lui est entré dans le bureau de Noubar et il a fermé la porte», a-t-elle raconté. Noubar Semerjian était son supérieur, le surveillant principal.

Elle s'est plainte à un niveau plus élevé chez Genivar. «On m'a répondu que dans l'avenir, j'avais un choix à faire. Ils m'ont dit de penser à mon affaire avant de commencer à faire des poursuites et des plaintes, dépendamment de ce que je voulais faire de ma carrière», a-t-elle rapporté.

Elle s'est aussi plainte au bureau du syndic de l'Ordre des ingénieurs, où la réception a été plutôt froide. «À l'Ordre, on m'a répondu qu'il faut avoir des preuves solides pour pouvoir poursuivre quelqu'un. Ils m'ont dit que je n'avais aucun document tangible pour étoffer ma plainte.»

Le commissaire Renaud Lachance s'est montré déçu d'une réception aussi tiède de l'ordre professionnel des ingénieurs. «Le syndic aurait pu vous accompagner un peu pour vous aider à trouver les fameuses preuves. Des preuves, j'en vois, moi: les papiers que vous remplissiez et les documents qui sont changés. Si on vous avait accompagné le moindrement, c'était facile de pincer ces gens-là», a-t-il opiné.

Mme Duhamel estime avoir payé cher son refus d'embarquer dans le système et sa dénonciation. Quand elle a essayé de trouver du travail ailleurs, elle obtenait de mauvaises références. Aujourd'hui, elle travaille pour l'arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, à Montréal.

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