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"Qui paiera nos salaires?": confusion dans l'Est séparatiste de l'Ukraine

13/05/2014 01:51 EDT | Actualisé 13/07/2014 05:12 EDT

"Qui va payer nos salaires?" Maria, une employée municipale à Donetsk, chef-lieu de l'Est séparatiste de l'Ukraine, commence à se poser des questions après le référendum d'"indépendance" dimanche.

"Le mois dernier, c'était la municipalité mais qui peut prédire ce qui arrivera dans l'avenir", confie cette femme d'une cinquantaine d'année, chargée des espaces verts, son outil à la main qui s'affaire dans un parterre de fleurs impeccable, au milieu d'une large avenue de Donetsk.

La confusion règne depuis que les leaders des insurgés pro-russes de la "république de Donetsk" ont proclamé la "souveraineté" de leur région et ont demandé un rattachement à la Russie, le tout à l'issue d'un référendum jugé illégal par Kiev et les Occidentaux.

Pour le gouverneur de la région, Serguiï Tarouta, c'est très simple: "la république de Donetsk n'existe ni légalement, ni politiquement: c'est juste un nom inventé et rien d'autre", a-t-il estimé mardi.

Cet oligarque milliardaire, nommé il y a quelques mois par Kiev pour gérer la région et y contrer les tendances séparatistes apparues après la destitution en février du président prorusse Viktor Ianoukovitch, est pourtant contraint de parler aux journalistes après avoir trouvé refuge dans la chambre d'un luxueux hôtel.

- Une armée "d'occupation" -

A quelques centaines de mètres de là, les insurgés ont en effet fait de son bureau, situé dans le siège de l'administration régionale, leur quartier général, bâtiment maintenant fortement gardé et entouré de barricades.

L'industriel a raillé l'insistance des rebelles à vouloir faire croire que le référendum, auquel des millions de personnes auraient participé d'après eux, est sérieux.

Cette consultation "ne peut pas être qualifiée de référendum, car elle ne correspond pas à la définition précise qu'en fait la loi, mais elle peut être définie comme une étude sociale et c'est ainsi que nous devrions la considérer", selon lui.

Les rebelles ont demandé après les résultats du référendum aux membres de la police et aux militaires déployés dans la région soit de changer de camp soit de quitter le Donbass.

"Ils n'ont pas de programmes sociaux ou économiques, pas de police", estime M. Tarouta.

Alors que les pro-Russes ont affirmé que la présidentielle du 25 mai n'aurait pas lieu dans la région, le gouverneur s'est engagé à ce que le vote puisse se tenir.

Une heure plus tard, Denis Pouchiline, l'un des chefs séparatistes de Donetsk, libre, lui, de s'exprimer dans les locaux de l'administration régionale a expliqué qu'il était difficile de "comprendre les plans de Tarouta".

Il "peut dire ce qu'il veut", a lancé cet homme à la barbe fournie.

Selon lui, il est impensable que les rebelles laissent se tenir une élection d'un "pays voisin" sur leur "territoire", et l'armée ukrainienne est désormais considérée comme une armée "d'occupation".

En jetant en coup d'oeil aux bureaux déserts ou sans dessus-dessous de l'imposant bâtiment que les rebelles contrôlent, il est difficile d'imaginer qu'ils puissent réellement diriger quelque chose et leur ligne politique demeure très vague.

Interrogé sur ses plans en matière d'économie, Pouchiline a dû admettre qu'ils devaient encore y travailler. Il a également admis, à reculons, que le paiement des prestations sociales, des retraites, était encore entre les mains de Kiev.

Denis Pouchiline a par ailleurs balayé d'un revers de main des rumeurs de récent "putsch militaire" interne aux rebelles par la branche armée du mouvement.

Pour lui, les accusations de coup de force de la part d'Igor Strelkov, maintenant commandant en chef des forces armées des séparatistes et accusé par Kiev d'être un agent russe est simplement "la dernière provocation en date".

"Il n'y a pas une seule personne en charge mais une direction collégiale", assure-t-il.

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