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Pakistan: accusations de blasphème pour avoir critiqué un policier au nom d'un calife

13/05/2014 07:20 EDT | Actualisé 13/07/2014 05:12 EDT

Des avocats et des manifestants pakistanais étaient soupçonnés mardi d'avoir profané la religion musulmane après avoir manifesté contre un chef de police prénommé Omar, comme le compagnon du prophète Mahomet et deuxième calife de l'islam, ont indiqué des responsables.

Il s'agit du dernier épisode en date de la saga sur le blasphème au Pakistan après le meurtre la semaine dernière d'un avocat qui défendait un professeur accusé d'avoir profané l'islam et la condamnation à mort d'un couple ayant envoyé à un imam des textos portant atteinte au prophète Mahomet.

Lundi, des avocats de la ville de Jhang, dans le sud de la province centrale du Penjab, la plus peuplée du pays, ont scandé des slogans hostiles au chef de la police locale, Omar Daraz, après qu'un des leurs collègues eut affirmé avoir été maltraité par des policiers.

Or le prénom d'Omar est aussi celui d'un des proches compagnons du prophète Mahomet, Omar Ibn al-Khattab, second calife de l'islam, au pouvoir de 634 à 644, ce qui n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd.

"Une plainte pour blasphème a été déposée contre huit avocats et environ 60 autres citoyens qui scandaient des slogans désobligeants à l'égard d'un calife de l'islam et compagnon du prophète", a déclaré à l'AFP un haut responsable de la police locale, Ghulam Mustafa.

Les avocats soutiennent, eux, avoir critiqué le chef de la police de Jhang et non un calife révéré par des musulmans à travers le monde y compris au Pakistan.

"Le Barreau (de Multan) a voté une résolution stipulant que ces slogans ne s'adressaient pas à une figure sacrée de la religion musulmane", a déclaré un avocat local, Mushtaq Chaudhry.

Le Barreau local soupçonne le mollah Ahmad Ludhianvi, chef du puissant Ahle Sunnat Wal Jamaat (ASWJ), un groupe islamiste radical basé à Jhang, d'avoir fait pression sur les autorités pour que des accusations de blasphème soient portées dans cette affaire.

La loi pakistanaise sur le blasphème, accusée par les libéraux d'être instrumentalisée pour régler des conflits personnels mais défendue bec et ongles par les islamistes, prévoit la peine de mort pour les personnes dénigrant Mahomet.

Dans ce cas-ci, les chefs d'accusations prévoient des peines de trois ans de prison, selon les avocats.

Selon un rapport de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, le Pakistan est de loin le pays qui emprisonne le plus de citoyens soupçonnés de porter atteinte à la religion, principalement l'islam.

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