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Lycéennes au Nigeria: le chef des forces américaines en Afrique à Abuja

13/05/2014 12:19 EDT | Actualisé 13/07/2014 05:12 EDT

Le commandant des forces armées américaines en Afrique (Africom) est arrivé mardi à Abuja pour s'entretenir avec les autorités nigérianes afin de retrouver les 200 lycéennes enlevées le 14 avril par le groupe islamiste Boko Haram dans le nord-est du pays.

Le général David Rodriguez est au Nigeria pour "discuter de l'aide américaine dans les opérations de recherche ainsi que toute la coopération", entre les forces américaines et nigérianes, a expliqué à l'AFP un responsable de la défense américaine.

Son arrivée coïncide avec la demande de prolongation de l'état d'urgence que vient de formuler le président nigérian dans le nord-est du pays, désormais survolé par des avions américains.

En vigueur depuis un an, l'état d'urgence est cependant d'une efficacité limitée puisqu'il n'a pas empêché l'insurrection de multiplier ses attaques. Boko Haram a ainsi enlevé 276 lycéennes le 14 avril à Chibok, dans l'Etat de Borno (nord-est), l'un de ses fiefs, parmi lesquelles 223 restent captives. Le sort des jeunes filles a suscité une immense mobilisation internationale.

Dans une lettre adressée au Sénat dont l'AFP a obtenu une copie, le chef de l'Etat nigérian Goodluck Jonathan demande une "prolongation de l'état d'urgence dans les Etats d'Adamawa, de Borno et de Yobe", qui expire mercredi.

Si cette requête est approuvée par le Sénat, elle devra ensuite être soumise au vote des députés.

Les mesures spéciales - approuvées le 14 mai 2013 - comprennent notamment le déploiement de soldats dans la région et le brouillage occasionnel du réseau de téléphonie mobile afin d'empêcher la planification de nouvelles attaques de Boko Haram.

"L'état d'urgence n'a pas été en mesure de bloquer l'insurrection de Boko Haram", estime Dapo Thomas, expert politique de l'Université de l'Etat de Lagos.

"En fait, la secte est devenue plus dangereuse et mortelle (...) Le gouvernment ne devrait pas continuer de limiter la liberté de la population en prorogeant" l'état d'urgence.

Les Etats-Unis ont annoncé lundi que des avions espions américains survolent désormais le nord.

"Nous avons partagé des images de satellites commerciaux avec les Nigérians et nous effectuons des vols, avec pilotes, d'espionnage, de surveillance et de reconnaissance au-dessus du Nigeria, avec la permission du gouvernement", a révélé un haut fonctionnaire de l'administration américaine.

Face à l'émotion mondiale suscitée par ce rapt sans précédent, le gouvernement nigérian, pourtant traditionnellement rétif aux ingérences étrangères, a accepté l'aide internationale.

Les Etats-Unis le Royaume-Uni et la France ont dépêché des équipes, Israël et la Chine ont proposé leur aide.

Des experts américains passent d'ailleurs "à la loupe" la vidéo de Boko Haram obtenue lundi par l'AFP et montrant une centaine de jeunes filles présentées comme des lycéennes kidnappées, a indiqué la diplomatie américaine.

La coordinatrice nigériane de la campagne "Bring Back Our Girls" (Ramenez nos filles), Hadiza Bala Usman, a indiqué à l'AFP que "trois parents avaient identifié leurs filles sur la vidéo" de Boko Haram.

"Le gouverneur (de Borno) Kashim Shettima a organisé un visionnage à Maïduguri (la capitale de l'Etat) et fait venir les parents de Chibok pour essayer d'identifier d'autres filles", a-t-elle ajouté.

- Abuja rejette les "conditions"

Dans la vidéo, le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, exige la libération de ses "frères" combattants prisonniers en échange de celle des jeunes filles.

Le gouvernement a fermement refusé aux insurgés le droit de "poser leurs conditions".

Shekau affirme que le marchandage ne concernerait que les filles "qui ne se sont pas converties" à l'islam. En effet, alors qu'il avait menacé de les traiter en "esclaves" dans une précédente vidéo, il explique avoir entrepris de convertir les otages à la religion musulmane.

La nouvelle vidéo de Boko Haram montre environ 130 adolescentes assises à l'air libre sous des arbres, dans un lieu non-identifié, en train de réciter ensemble la "fatiha", l'une des principales sourates du Coran.

- Sommet samedi à Paris -

A l'initiative de François Hollande, un sommet régional doit se tenir samedi à Paris pour aider le Nigeria et ses voisins à faire face au défi posé par Boko Haram, dont le nom en langue haoussa signifie "L'éducation occidentale est un péché".

Ce sommet devrait rassembler, autour du président français, les dirigeants d'au moins cinq pays africains: le Nigeria et quatre de ses voisins, le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Bénin. Américains et Britanniques ont également été invités.

Deux anciennes "premières dames" françaises, Carla Bruni-Sarkozy et Valérie Trierweiler, ont participé mardi à une manifestation à Paris avec des célébrités du monde du spectacle.

A l'image de la "première dame" américaine Michelle Obama, des centaines de milliers d'anonymes et de célébrités ont ces derniers jours pris d'assaut les réseaux sociaux avec le hashtag #BringBackOurGirls, cri de ralliement pour sauver les jeunes filles.

Le journal camerounais Mutations s'interrogeait d'ailleurs mardi sur le "silence" des épouses de présidents africains.

L'insurrection de Boko Haram a fait des milliers de morts depuis 2009, dont près de 2.000 depuis le début de cette année. Initialement concentrées dans le Nord à majorité musulmane, où Boko Haram réclame la création d'un Etat islamique, les violences ont récemment fait des dizaines de morts à Abuja, la capitale fédérale, avec deux attentats à la voiture piégée.

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