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Le benjamin Dolan et le doyen Godard, deux phénomènes du 7e art à Cannes

13/05/2014 02:22 EDT | Actualisé 12/07/2014 05:12 EDT

Sang neuf et vétérans du 7e art partagent l'affiche cette année à Cannes et près de 60 ans séparent deux aspirants à la Palme d'or : le prodige canadien Xavier Dolan, 25 ans, chouchou du festival, et la légende vivante, Jean-Luc Godard, 83 ans, jamais récompensé.

Xavier Dolan a beau être le benjamin de la compétition, il fait figure d'habitué à Cannes, où il s'est révélé au monde il y a cinq ans.

Acteur, réalisateur, scénariste et monteur à la fois, le Montréalais a 20 ans lorsque le monde découvre en 2009 sa tignasse bouclée sur la Croisette où il est venu présenter son premier film, "J'ai tué ma mère".

Le film, qui passe à la loupe la relation tumultueuse entre un adolescent gay et sa mère, décroche trois prix à la Quinzaine des réalisateurs.

Cinq ans plus tard, et autant de films à son actif, il revient avec +Mommy+. Un aboutissement logique pour cet artiste déjà rompu à la grand-messe du cinéma mondial: en 2010 son deuxième film, "Les Amours imaginaires", avait reçu le prix de la jeunesse et deux ans plus tard il figurait dans la sélection Un certain regard pour +Laurence Anyways+ avec l'acteur français Melvil Poupaud, bouleversant dans le rôle d'un homme qui devient femme.

- Pourfendeur de l'intolérance -

Dans une esthétique des années 1980 très léchée, le réalisateur campe des histoires d'amours compliquées qui mettent en exergue une violente intolérance.

Son père et nombre de ses proches travaillent dans le milieu du cinéma. Lui-même a enchaîné les tournages, pubs et séries télé dès ses 6 ans. A 12, il écrit ses premiers scénarios.

Pour son avant-dernier film "Tom à la ferme", Xavier Dolan explique avoir voulu traiter du "gouffre qui grandit entre l'homme de la ville et celui de province" et de "la façon dont, à la longue, on apprivoise la violence et on finit par l'accepter".

"Mégalomane" et "misanthrope" selon ses propres mots, Xavier Dolan est omniprésent dans "Tom à la ferme": derrière la caméra et dans le rôle principal.

Autre enfant terrible du 7e art, vénéré ou détesté, Jean-Luc Godard est entré depuis longtemps dans la légende comme chef de file de la Nouvelle Vague qui révolutionna l'histoire du cinéma, avec des films comme "A bout de souffle" (1959) et "Le Mépris" (1963).

A son actif, une cinquantaine d'oeuvres - fictions, vidéos, films militants - volontiers iconoclastes, souvent marquées par la provocation, qui lui vaudront un Oscar d'honneur en 2010. Jamais récompensé à Cannes, il y présente cette année "Adieu au langage".

Né à Paris le 3 décembre 1930 de parents français d'origine suisse, Godard passe son enfance à Nyon, près de Genève, dans l'atmosphère rigoureuse de la bourgeoisie protestante.

- Godard, adulé ou détesté -

Naturalisé suisse durant la Seconde guerre mondiale, il part à Paris en 1949 pour étudier à La Sorbonne, et découvre les ciné-clubs du Quartier Latin.

Il se lance à partir de 1956 dans la critique cinématographique aux Cahiers du Cinéma et à Art, en compagnie des futurs réalisateurs de la Nouvelle Vague, François Truffaut, Jacques Rivette, Eric Rohmer et Claude Chabrol.

Tous dénoncent un cinéma français sclérosé. La Nouvelle Vague, définissait Godard, "a moins cherché à raconter une histoire qu'à montrer comment on raconte une histoire".

En 1959, le jeune réalisateur tourne son premier long métrage, "A bout de souffle", avec Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg, un succès, puis "Le Mépris", avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli. Suivent d'autres chefs-d'oeuvre, "Une femme est une femme", "Vivre sa vie" et "Pierrot le Fou".

Pour son complice François Truffaut, Godard a "fichu la pagaille dans le cinéma ainsi que l'a fait Picasso dans la peinture et, comme lui, il a rendu tout possible".

Après mai 68, son oeuvre se radicalise. Il tourne le dos à la fiction pour réaliser "des films politiquement politiques".

1979 marque son retour à la fiction avec "Sauve qui peut (la vie)", ou "Prénom Carmen" (1983), Lion d'Or à Venise.

Godard reste très controversé et beaucoup conspuent son oeuvre, jugée prétentieuse et incompréhensible.

"A l'exception d'+A bout de souffle+ qui a eu une importance indubitable, son travail me semble insupportable", dit le romancier américain Philip Roth.

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