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La Fondation Chagnon critiquée: des organismes communautaires dénoncent les «PPP sociaux»

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CLAUDE CHAGNON
Claude Chagnon, président de la Fondation Lucie et André Chagnon | Patrick Bellerose
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QUÉBEC - Près de 350 organisations communautaires, syndicales et féministes s'opposent au renouvellement des «partenariats public-philanthropie» conclus avec la Fondation Lucie et André Chagnon.

Regroupées sous la bannière «Non aux PPP sociaux», elles «interpellent le nouveau gouvernement pour qu’il profite de l’échéance de ces ententes pour ne pas les renouveler». Parmi les organismes signataires, on retrouve le Conseil central du Montréal métropolitain-CSN, la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec, la Fédération de la santé et des services sociaux-CSN, et le Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal.

Le regroupement dénonce les partenariats conclus à compter de 2007 avec la Fondation Chagnon, mise sur pied par le fondateur de Vidéotron, André Chagnon, et son épouse. Dotée d'un fond de 1,4 milliard $ issu de la vente de Vidéotron à Québecor en 2000, la Fondation Chagnon a créé depuis 2007 trois partenariats avec le gouvernement du Québec visant à contrer la pauvreté chez les enfants. Elle s'est engagée à verser près de 500 millions$ sur dix ans, tandis que le gouvernement du Québec versera près de 350 millions$.

Toutefois, les opposants à ces partenariats philanthropiques dénoncent l'influence du privé dans la gestion de fonds publics et sur les orientations du gouvernement en matière de lutte à la pauvreté. D'ailleurs, un article du journal Le Devoir, intitulé «La dictature de la charité?», notait en 2009 que les bureaux de la fondation se trouvent dans le même édifice que ceux du premier ministre du Québec à Montréal.

« Il s’agit d’une véritable dérive démocratique, dit par voie de communiqué la porte-parole du Regroupement des organismes communautaires famille de Montréal, Nancy Harvey. Avec ces partenariats, la Fondation Chagnon ne se contente pas seulement d’influencer les politiques sociales, mais elle participe activement aux décisions quant aux orientations et pratiques d’interventions sociales, de la période de la grossesse jusqu’aux soins de fin de vie.»

Par exemple, le regroupement estime que «les mesures les plus efficaces sont celles qui s’attaquent aux causes structurelles des problèmes sociaux et qui visent une meilleure redistribution de la richesse», tandis que la Fondation Chagnon adopte plutôt une approche axée sur les individus.

Les signataires dénoncent également le fait que la famille Chagnon ait pu créer le fond grâce à des exemptions fiscales, une critique maintes fois répétée depuis la vente de Vidéotron.

Claude Chagnon se défend

Le président de la fondation, Claude Chagnon, a confirmé en entrevue au Huffington Post Québec lundi que son organisme discute déjà avec le gouvernement du Québec pour renouveler la première entente qui viendra à échéance en 2017. «[Nous allons]évaluer ce qui peut être renouvelé et maintenu, [et] ce qui doit être modifié après dix ans d'expérience», dit Claude Chagnon. Les prochains partenariats pourraient mettre une plus grande emphase sur des approches intégrées des regroupements locaux, illustre-t-il. Le président de la fondation s'exprimait en marge d'une allocution devant la Chambre de commerce et d'industrie de Québec où il a invité les gens d'affaires à s'impliquer dans la philanthropie.

La Fondation Chagnon vient en aide à de nombreux organismes via trois principaux partenariats: Avenir d'enfants, Réunir Réussir, et Québec en forme. Ces organismes créent à leur tour divers programmes, tel «Bien dans mes baskets», qui utilise le basketball pour contrer l'influence des gangs de rue. La fondation est plus connue du grand public pour ses publicités invitant les parents à faire la lecture à leurs jeunes enfants.

Questionné à savoir pourquoi la fondation ne verse pas tout simplement ses dons au gouvernement, Claude Chagnon dit: «Je pense que c'est un exemple d'un exercice de démocratie que les gens puissent décider où mettre leurs efforts individuels au bénéfice de la société», dit-il. Claude Chagnon précise que sa fondation soutien des organismes qui, eux, sont près des enfants en difficulté et qui «peuvent mieux identifier les solutions». Il dit préférer cette approche où les individus identifient les besoins dans leurs localités, plutôt que les solutions «mur-à-mur» du gouvernement.

«Philanthropie abusive»

Le député Amir Khadir, de Québec solidaire, était un farouche opposant au projet de loi qui a créé le partenariat du gouvernement avec la Fondation Chagnon. Il avait même dénoncé le refus de la fondation de venir témoigner devant une commission parlementaire, malgré les fonds publics engagés dans le partenariat.

Il est temps de «briser le silence autour de la Fondation Chagnon et de toutes ces pratiques de philanthropie abusive, dit Amir Khadir aujourd'hui. Ce que j'appelle "philanthropie abusive", c'est le fait d'utiliser la philanthropie pour échapper à l'impôt ou pour prendre le contrôle du processus de décisions qui relèvent des collectivités, mais que de riches hommes ou femmes d'affaires puissants s'arrogent le droit de contrôler.» Ces individus, note-t-il, ne sont ni élus, ni redevables. «Moi, je ne peux pas aller critiquer les décisions de la Fondation Chagnon, c'est une fondation privée.»

Il rappelle que, lors de sa création, la fondation bénéficiait d'un portefeuille cinq fois plus élevé que le Fonds de lutte contre la pauvreté la même année.

Le député de Québec solidaire note depuis cinq ans une croissance du «philantro-capitalisme», tant aux États-Unis qu'au Québec. S'il apprécie le travail de certaines, il cite en vrac les fondations des entreprises Jean Coutu, Saputo et Molson, ou de la famille Bronfman. «Ça permet à même nos impôts, les impôts qu'ils doivent payer à l'État, de financer leurs relations publiques, en se donnant bonne conscience avec des oeuvres caritatives. Et en plus, ils contrôlent l'agenda.»

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