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Filières jihadistes avec la Syrie: six personnes arrêtées en France

13/05/2014 08:38 EDT | Actualisé 13/07/2014 05:12 EDT

Six personnes soupçonnées de s'être rendues en Syrie ont été arrêtées mardi lors d'un coup de filet du contre-espionnage à Strasbourg (est), sur fond de plan de lutte des autorités françaises contre les filières jihadistes vers la Syrie.

L'opération, menée par les hommes du Raid, l'unité d'intervention d'élite de la police, s'est déroulée dans un quartier du sud de Strasbourg, près de la frontière avec l'Allemagne. Des policiers cagoulés et armés et plusieurs véhicules d'intervention étaient visibles devant un immeuble.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé l'arrestation et le placement en garde à vue de six personnes.

Il s'agit d'une "nouvelle démonstration de la détermination totale du gouvernement à lutter de toutes ses forces contre le terrorisme et l'embrigadement des jeunes dans la radicalisation violente", a dit à la presse le ministre.

Selon des témoignages recueillis sur place par les journalistes de l'AFP, deux jeunes jihadistes qui ont trouvé la mort en Syrie étaient originaires de ce quartier et d'autres jeunes du quartier sont revenus de Syrie il y a environ un mois.

Selon une source policière, les suspects se sont rendus en Syrie mi-décembre en prétextant "des vacances". Ils sont "susceptibles d'avoir rejoint un camp d'entraînement", a ajouté cette source précisant qu'ils avaient été très actifs sur internet via des réseaux sociaux.

- Un important "facilitateur" en ligne de mire -

Selon une source proche du dossier, les policiers s'intéressent à un certain Mourad Fares, 29 ans, considéré par les services français comme un important "facilitateur", qui recrute des Français via les réseaux sociaux et se trouve toujours en Syrie. Il est apparu dans plusieurs dossiers, comme celui du groupe de Strasbourgeois dont faisaient partie les deux jeunes décédés en Syrie ou celui de deux mineurs du sud-ouest rentrés après avoir été dans la zone frontalière turco-syrienne.

Plus qu'un "émir des Français" comme il a pu être présenté, cet homme est considéré comme un propagandiste et un spécialiste de la logistique et du recrutement, expliquait récemment à l'AFP une source proche du dossier. Il gèrerait aussi le "transit" des jihadistes français d'un côté à l'autre de la frontière, utilisant un hôtel côté turc, selon une autre source. Egalement connu comme "Mourad al-Faransi" (Mourad le Français), il a été repéré sur la scène syrienne en juillet, précise une autre source proche du dossier.

L'opération mardi intervient après la mise en place d'un plan gouvernemental "antijihad" visant à dissuader les candidats d'aller combattre en Syrie et à empêcher des actes terroristes en France.

"On me demande souvent ce qu'il advient", au retour, de ces jeunes partis en Syrie, et la réponse est claire, a souligné Bernard Cazeneuve. "Ils sont en lien avec une entreprise terroriste, ils sont arrêtés et remis à la justice".

En France, plusieurs dizaines de procédures judiciaires sont ouvertes contre des jihadistes présumés. Les services de renseignement redoutent qu'à leur retour certains ne commettent des actes terroristes.

Ils craignent notamment l'émergence de nouveaux "Mohammed Merah", du nom de ce Franco-Algérien de 23 ans se réclamant d'Al-Qaïda qui avait froidement assassiné trois militaires, ainsi que trois enfants et un enseignant juifs en mars 2012, avant d'être tué par la police dans le sud-ouest de la France.

Le plan inclut un numéro gratuit pour signaler des candidats au départ, la privation de passeport pour les jihadistes et une surveillance accrue des sites extrémistes.

Au niveau européen, neuf pays, dont la Belgique et la France, s'étaient réunis le 8 mai à Bruxelles avec des représentants des Etats-Unis, de la Turquie, du Maroc, de la Jordanie et de la Tunisie pour tenter d'endiguer ensemble le phénomène des jihadistes.

Paris avait notamment évoqué un renforcement des échanges de données sur les passagers qui transitent par les aéroports européens et ceux situés en dehors de l'Union européenne.

Quelque 780 personnes vivant en France sont parties pour la Syrie dans les rangs des groupes jihadistes, sont en route pour la Syrie ou en sont revenues. La mort d'une petite trentaine d'entre elles a été recensée.

Les jihadistes étrangers, notamment européens, sont souvent recrutés par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), un groupe ultra-radical accusé des pires atrocités dans le nord de la Syrie. Autrefois alliés contre le régime du président Bachar al-Assad, l'EIIL et les rebelles se livrent depuis des mois à une guerre sans merci.

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