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Charbonneau: le propriétaire de Maskimo reste solide en contre-interrogatoire

13/05/2014 09:53 EDT | Actualisé 13/07/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Les avocats du Parti libéral, du Parti québécois et du Procureur général n'ont pas réussi à ébranler le propriétaire de l'entreprise de construction Maskimo, Louis Marchand, mardi devant la Commission Charbonneau.

M. Marchand a tenu bon, malgré les questions parfois incisives des trois avocats durant plusieurs heures.

Même le commissaire Renaud Lachance, habituellement d'un calme olympien, a montré son agacement à l'avocat du Procureur général, Me Benoit Boucher, lui reprochant de ne pas regarder l'ensemble d'un type donné de contrats, mais seulement quelques contrats de ce type, lorsqu'il questionnait le témoin.

«L'usage de données partielles est un peu... fatigant», lui a lancé le commissaire Lachance, irrité.

Et quand Me Boucher lui a répondu qu'il ne questionnerait le témoin que sur deux ou trois contrats, le commissaire Lachance a répliqué: «même si c'est juste deux ou trois contrats, ça m'achale pareil!»

M. Marchand a maintenu sa version, énoncée la veille, voulant que les entrepreneurs soient coincés devant les demandes de financement émanant des partis politiques et que s'ils n'acceptent pas de contribuer, ils risquent d'en subir les contrecoups.

«Quand tu veux fonctionner avec les règles et que tu n'as pas l'aide de la politique ou que t'as la politique contre toi...», a-t-il résumé.

Il avait notamment soutenu lundi qu'à partir du moment où il avait pris la succession de son père à la tête de l'entreprise et qu'il avait mis fin à la pratique de contribuer aux partis politiques, sa relation s'était envenimée avec le cabinet de la ministre déléguée aux Transports d'alors, Julie Boulet. Et son entreprise n'obtenait plus de «contrats tarifés» à compter de 2009 _ ces contrats octroyés par le MTQ à tarif prédéterminé, pour des projets de moindre envergure, généralement lorsqu'il n'y a pas assez de concurrence ou en fin de saison avant l'hiver.

Me Félix Rhéaume, avocat du Parti libéral, a tenté de démontrer que si l'entreprise de construction Maskimo avait obtenu moins de «contrats tarifés» du MTQ, c'est parce qu'il en octroyait moins en général à compter de 2009, et non parce que Maskimo avait cessé de faire des dons au PLQ.

Mais M. Marchand a maintenu sa version et est resté solide.

Maskimo a notamment déposé une poursuite de 8,1 millions $ contre le ministère des Transports parce qu'elle a voulu ouvrir une carrière à La Tuque et n'arrive pas à mener à bien son projet, faute d'accès. Maskimo estime avoir été ainsi privée de revenus. Même la Ville de La Tuque a adopté une résolution contre l'accès de sa carrière.

«Quand tu n'as pas la machine de ton bord, tout est compliqué, c'est plus long», s'est-il plaint.

L'avocate du Parti québécois, Me Estelle Tremblay, n'a pas réussi à le déstabiliser non plus. Il a tout de même admis que l'iniquité dont il se plaint, en matière de contrats pour son entreprise Maskimo, n'existait pas entre 1996 et 2002, soit sous le gouvernement du Parti québécois.

Étonnamment, l'avocate du PQ n'a même pas interrogé le témoin sur le cocktail de financement lors duquel la chef d'alors du parti, Pauline Marois, avait pris la parole en 2008-2009, devant 15 entrepreneurs en construction ou ingénieurs conseil. M. Marchand y avait assisté.

Tout au long de son témoignage, M. Marchand a plaidé pour que le ministère accorde toujours ses contrats par appels d'offres publics, sauf lorsqu'il n'a pas le choix. Grâce à la concurrence, ces contrats sont alors moins coûteux pour le ministère _ donc pour les contribuables. Lorsque le MTQ accorde des contrats «tarifés», la marge de profit est plus importante pour l'entreprise.

«Moins qu'on va être à la merci de la politique, plus la population va en avoir pour son argent», a-t-il plaidé en fin de témoignage.

Julie Boulet, actuelle députée libérale de Laviolette qui a été ministre déléguée aux Transports dans le gouvernement Charest, devait témoigner mardi, mais son témoignage a été reporté à mercredi après-midi «à cause de problèmes d'horaire», a précisé la commission.

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