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Le financement populaire des partis est un mythe, dit un témoin entrepreneur

12/05/2014 10:31 EDT | Actualisé 12/07/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le financement populaire des partis politiques est un mythe, a lancé lundi un entrepreneur qui témoignait devant la Commission Charbonneau et qui a déjà été sollicité personnellement par Julie Boulet alors qu'elle était ministre. Il a aussi assisté à un cocktail auquel Pauline Marois prenait la parole alors qu'elle était dans l'opposition.

Le propriétaire de Pavages Maskimo, Louis Marchand, n'y est pas allé par quatre chemins. «On est dans l'industrie depuis 1957 et la fameuse loi de monsieur (René) Lévesque sur le financement populaire (des partis), c'est un mythe. Je pense que c'est le plus grand drame d'hypocrisie collective au Québec», s'est-il exclamé.

Entre autres, l'homme d'affaires a assisté à un cocktail de financement privé du Parti québécois en 2008 ou 2009, auquel Pauline Marois prenait la parole. Il y a contribué à l'aide d'un prête-nom, de peur de se mettre à dos le Parti libéral.

Seules 15 personnes de l'industrie de la construction ou du génie-conseil y ont assisté, à l'invitation de l'entrepreneur Normand Trudel, qui était un client de Maskimo.

Fait à noter, le Parti québécois n'était alors pas au pouvoir.

«Pauline Marois, combien de fois qu'elle a dénoncé notre industrie ou ces événements-là? Bien, Pauline Marois, elle était chef du Parti québécois. Elle était à cet événement-là avec 15 entrepreneurs en construction et des ingénieurs, des gens du domaine du génie-conseil», a protesté le témoin.

De même, il a été appelé personnellement par Julie Boulet, en 2004, alors qu'elle était ministre déléguée aux Transports. Il avait été sollicité pour participer à un cocktail de financement à 1000 $ le billet à la Cité de l'énergie à Shawinigan par une attachée politique et avait cette fois refusé de faire un don, estimant que sa compagnie n'avait pas suffisamment de contrats dans la région.

«Pas longtemps après, probablement la même journée, j'ai eu un appel de Mme Boulet, directement. Elle était dans sa voiture; elle disait qu'elle revenait de Québec, pour me dire qu'elle n'avait rien à voir là-dedans, que ce n'était pas de sa faute si on avait moins de contrats que les autres et me dire qu'elle était très, très, très déçue qu'on ne participe pas à son événement de financement», a résumé M. Marchand, qui a aussi été président-directeur général de Maskimo, avant de prendre une pause pour retourner aux études.

Il affirme que ses relations avec le cabinet de la ministre Boulet se sont détériorées. «On a arrêté de contribuer, puis les relations avec le bureau de Mme Boulet, et tout ce qu'il y a dans Laviolette... ce n'est pas des bonnes relations, mettons.»

Avant, quand Maskimo contribuait financièrement au parti, c'était différent. «Au moins quand on avait des problèmes, on pouvait contacter un politicien ou quelqu'un pour expliquer notre problématique», a-t-il raconté.

Maintenant qu'il ne verse plus de contributions politiques, il n'ose plus contacter personne «parce qu'on sait qu'on va être rappelés pour financer. Et la roue va repartir. Ça fait qu'on essaie de régler nos problèmes nous autres mêmes».

M. Marchand a dénoncé l'hypocrisie des trois partis politiques à l'Assemblée nationale qui se dénoncent tous les uns les autres, alors qu'ils font tous la même sollicitation auprès des entreprises qui veulent obtenir des contrats du gouvernement.

«Tous les partis politiques, tout le monde sollicitent les gens qui travaillent avec le gouvernement. Et ce n'est pas seulement les entrepreneurs en construction», a-t-il lancé, ajoutant à la liste le génie-conseil, les firmes d'avocats et de comptables.

«Ce que je trouve un peu pathétique là-dedans, c'est de voir les partis politiques se tirer la balle et se dire que c'est pas nous autres, c'est vous autres, c'est pas les libéraux, c'est les péquistes. Les libéraux accusent les péquistes et les adéquistes. C'est toute la même affaire!» s'est-il exclamé.

Pavages Maskimo, sous la gestion de son père, avait accepté de financer les partis politiques. Les tableaux déposés devant la commission d'enquête laissent voir que de 1998 à 2009, les employés de Pavages Maskimo, qui a son siège social à Trois-Rivières, avaient versé 62 700 $ au Parti libéral du Québec, 32 020 $ au Parti québécois et 4175 $ à l'Action démocratique.

C'est lui qui a mis fin à la pratique de financer les partis lorsqu'il a pris la succession de son père, en 2009.

L'ingénieur civil de formation a assisté à plusieurs cocktails de financement et affirme ne pas y avoir souvent vu d'«homme de la rue», de simple électeur. «C'est toujours les mêmes personnes (qui y assistent) peu importe le parti politique», a signalé M. Marchand.

D'ailleurs, un tableau déposé devant la commission pour les années 1998 à 2011 démontre des contributions de 62 700 $ pour Maskimo, de 41 215 $ pour Bourget-Routek, de 140 190 $ pour Pavages Portneuf, de 29 650 $ pour Pavages Boisvert, de 66 810 $ pour Pavages Continental et de 84 505 $ pour Pagé Construction.

L'entrepreneur se trouve coincé devant ces demandes de financement, a-t-il laissé entendre. «Ce n'est pas évident de dire non quand un député ou un ministre... Des fois, c'est des firmes de génie-conseil qui t'appellent. Des fois, c'est un entrepreneur en construction qui est un client chez toi qui t'appelle. T'es toujours mal placé pour dire non. Ils ont le don de trouver une personne qui a un levier sur toi... ça fait que t'embarques», a-t-il relaté.

L'entrepreneur est allé jusqu'à affirmer que celui qui refuse de financer un parti politique risque d'en subir les contrecoups. «Si t'as dit non, tu peux en subir les conséquences. À cette époque-là, t'étais mieux de financer pour ne pas avoir de problèmes.»

Il a cité un exemple de ces contrecoups: il a déjà été dénoncé dans les journaux locaux par le représentant d'un parti politique qu'il avait refusé de financer.

Son témoignage se poursuit mardi.

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