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Exploitation sexuelle:le SPVM veut aider les victimes et épingler les proxénètes

12/05/2014 01:55 EDT | Actualisé 12/07/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - La constante évolution de l'industrie du sexe et son omniprésence dans les rues de la métropole poussent le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) à revoir son approche afin de s'attaquer au problème. Et ce sont moins les travailleurs du sexe que les proxénètes coercitifs qui sont désormais dans leur mire.

«Actuellement, la prostitution, le proxénétisme et le contrôle des filles — donc, la traite — représentent la deuxième source de profit du crime organisé. Ça va directement après les stupéfiants et juste avant le trafic des armes», a illustré l'inspecteur-chef Johanne Paquin, l'un des maîtres d'oeuvre du plan d'action triennal déposé lundi.

Il s'agit donc d'un dossier «prioritaire» pour le SPVM, qui se fixe le double objectif de venir en aide aux potentielles victimes d'exploitation sexuelle et de traquer ceux qui les exploitent.

«La lecture qu'on a faite de notre environnement au cours des dernières années nous démontre qu'il y a une situation problématique sur le territoire de Montréal», a expliqué l'inspecteur-chef Paquin, qui planche sur la stratégie depuis l'an dernier avec divers collaborateurs.

À l'heure actuelle, les brigades d'intervention du SPVM en matière de prostitution sont scindées: une dizaine d'enquêteurs se consacrent à la lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales, tandis qu'environ une quarantaine d'autres se chargent de tout ce qui concerne la prostitution adulte et la traite de personnes à des fins d'exploitation sexuelle.

Dans son plan directeur, le service de police prône entre autres la création d'une escouade métropolitaine mixte (EMM) qui serait responsable des enquêtes en matière de traite de personnes et de proxénétisme, et à laquelle se grefferaient des enquêteurs des couronnes nord et sud de Montréal, et possiblement de la Sûreté du Québec et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

«On sait très bien que dans cette problématique-là, les victimes sont mobiles. Si elles opèrent sur le territoire de Montréal et (que les proxénètes) sentent la soupe chaude à un moment donné, ils transportent les filles ailleurs, sur un autre territoire», a souligné Mme Paquin.

L'organisme Stella, qui travaille auprès des travailleuses du sexe depuis près de 20 ans, se réjouit de voir les projecteurs se braquer en priorité sur les individus qui s'adonnent à la traite des personnes. Selon Anna-Aude Caouette, coordonnatrice clinique au sein de l'organisme, le contenu de ce plan directeur témoigne ainsi d'un certain changement de mentalités au sein du SPVM.

«Une chose qu'on trouve très positive, c'est qu'on fasse la distinction entre le proxénétisme comme tiers parti (chauffeurs, réceptionnistes, agences qui encadrent les travailleuses du sexe) et le proxénétisme de coercition, qui entraîne des violences. Cette meilleure compréhension du milieu va sûrement faciliter les interventions des policiers», a-t-elle fait valoir.

En plus de miser sur la formation d'une éventuelle escouade métropolitaine mixte, le SPVM espère créer un centre pour les victimes de proxénétisme et mettre sur pied une ligne téléphonique à l'intention des victimes d'exploitation sexuelle ou de toute autre personne ayant de l'information à transmettre sur le sujet.

Tout cela est rassurant aux yeux de Stella. Cependant, il n'existe toujours pas d'endroit vers où peuvent se tourner les travailleuses du sexe qui ne sont pas sous le joug d'un proxénète, mais qui ont malgré tout été victimes de violences, a déploré l'organisme.

«On n'entend rien sur un corridor de services qui pourrait faciliter que les travailleuses du sexe dénoncent les agressions qu'elles vivent», a déploré Mme Caouette, faisant valoir qu'en se rendant dans un poste de police pour porter plainte, celles-ci ont toujours des «chapeaux de criminelles».

L'ampleur de la problématique

Si le phénomène de la prostitution est omniprésent dans la métropole, il est difficile de quantifier son ampleur en raison des constantes transformations survenues dans l'industrie du sexe au cours des dernières années.

L'époque où ceux qui vivaient des fruits de la prostitution arpentaient les rues pour dénicher des clients est révolue, sans compter que le caractère tentaculaire de l'industrie et la clandestinité de ces activités compliquent encore plus la tâche.

«Il y en a de moins en moins de prostitution sur la rue; ça représente environ trois pour cent de la grande situation de la prostitution, a affirmé l'inspecteur-chef Paquin. C'est presque disparu. Il y a différentes formes de prostitution: à travers les bars, les services d'escorte, les salons de massage, les hôtels, sur Internet, etc.»

Le SPVM espère néanmoins parvenir à brosser d'ici 2016 un portrait plus détaillé de la situation à Montréal, qu'il considère toujours comme une «plaque tournante» de l'industrie du sexe.

Pour l'heure, le service de police préfère ne pas évoquer d'échéancier fixe pour la mise en place des mesures présentées dans le plan. Son coût n'est pas non plus détaillé.

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