DIVERTISSEMENT

Éric-Emmanuel Schmitt publie «L'élixir d'amour» (ENTREVUE)

11/05/2014 07:31 EDT | Actualisé 11/05/2014 07:34 EDT
Catherine Cabrol

Il a écrit plus de 30 pièces de théâtre, de romans, de nouvelles, réalisé plusieurs films… Éric-Emmanuel Schmitt dévore la vie à pleines dents. Dans son tout dernier roman, L’élixir d’amour, le prolifique auteur explore le mystère du désir et des sentiments. Nous l’avons rencontré lors de son bref passage à Montréal.

Monsieur Schmitt, vous avez beaucoup écrit sur la spiritualité, pourquoi avoir choisi l’amour cette fois?

L’amour est une spiritualité. Aimer, c’est décider de s’enraciner dans l’autre. Mettre sa vie sous le signe de l’amour, c’est privilégier à la fois l’intensité et la durée, c’est-à-dire être complètement là dans le présent, mais en même temps se projeter dans un avenir.

La séparation de Louise et Adam entraîne un échange de courriel autour de la question: est-on libre d’aimer? Que souhaitiez-vous explorer?

Ce qui m’intéresse, c’est le frottement entre le désir et le sentiment. Je crois que le grand problème de l’amour, c’est qu’on a le même mot pour désigner ces deux territoires: le pays du désir et le pays du sentiment. Or, le désir peut parfois se passer du sentiment, être autosuffisant et s’éliminer avec le plaisir. Quant au sentiment, il ne passe pas forcément par le désir et la chair. On aime nos enfants, nos parents, nos amis, etc. Ce sont des amours incarnés, mais pas jouissifs ou sensuels. Et à la frontière de ces deux pays, il y a nos grandes histoires où on essaye d’avoir les deux ensemble et ce n’est pas toujours facile parce qu’on n’est pas toujours synchrone. Par exemple, un sentiment peut durer et le désir avoir des atermoiements, des hésitations, des absences. Doit-on statuer que l’absence de désir doit clore définitivement l’amour ou est-ce qu’on doit attendre? Le roman commence comme ça. Louise et Adam sont séparés, il lui dit: « Seule la peau sépare l’amour de l’amitié. C’est mince.» Pour elle, c’est une humiliation que le désir ne soit plus entre eux, car ça a été essentiel. Tout le livre est là-dessus.

L’élixir d’amour est le titre d’un opéra, pourquoi l’avoir choisi pour ce roman?

C’est la question du philtre d’amour. Philtre, ça n’aurait rien dit aux gens et élixir est un mot délicieux, parce que très sensuel. Ce titre, c’est la question du philtre: peut-on provoquer volontairement l’amour chez l’autre? A-t-on ce pouvoir? Y a-t-il un comportement qui provoque l’amour à coup sûr? C’est une manière d’aborder l’amour. Quels en sont les principes, les moteurs, etc. Ce qui m’intéressait derrière ce terme, c’était de se dire «oui, mais il y a un piège là derrière». Certes, on peut provoquer l’amour volontairement, mais peut-on l’arrêter volontairement? Quand Adam va provoquer l’amour chez Lily, il pense qu’il ne va pas l’arrêter. Or, Lily passe et s’en va. Il ne l’avait pas prévu. Et en lui, cet amour a cru, et ça non plus il ne l’avait pas prévu. Il y a se servir de l’élixir, mais il y a aussi pourquoi on s’en sert. C’était un thème romanesque à plusieurs étages, plusieurs couches.

On a le sentiment que vous écrivez d’un trait, avec une grande facilité. Est-ce réellement le cas?

C’est toujours l’impression que j’essaye de donner. (Rires) J’adore provoquer ce sentiment que c’est simple, même s’il peut être dangereux. «C’est tellement facile!» Oui, mais ça demande tellement de travail de cacher le travail! Dans L’élixir d’amour, il y a un mélange d’histoire romanesque et de réflexion qui sont complètement mêlées. C’est presque autant un essai sur l’amour qu’un roman.

L’élixir d’amour, Éric-Emmanuel Schmitt, Éditions Albin-Michel

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