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Turquie: le flot continu de réfugiés syriens ravive les tensions avec les populations locales

11/05/2014 06:36 EDT | Actualisé 11/07/2014 05:12 EDT

A 700 km de la frontière avec la Syrie, les habitants d'Ankara s'était jusque-là contentés d'observer les effets de la guerre chez leur voisin sur les écrans de télévision. Mais depuis quelques jours, les tensions qu'elle provoque se sont invitées dans la capitale.

De violents incidents y ont opposé des réfugiés syriens à des habitants d'Hacilar, un faubourg modeste de la métropole turque. Mercredi soir, un immeuble hébergeant des Syriens a même été incendié, provoquant plusieurs blessés. Et dans les rues du quartier, les Turcs n'hésitent plus à exprimer leur ras-le-bol.

"Nous ne voulons pas ces Syriens. Ils n'ont fait que créer la pagaille depuis qu'ils sont arrivés", résume à l'AFP Hicaziye Demircan, une femme de 42 ans, le bras recouvert d'ecchymoses.

Depuis le début de l'année, quelque 2.500 Syriens se sont installés à Hacilar. Un geste d'hospitalité de la municipalité, détenue par le parti du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, dans la ligne de sa politique de "porte ouverte" aux populations qui fuient les combats qui opposent depuis plus de trois ans les rebelles au régime, honni par les autorités turques, du président Bachar al-Assad.

Mais au fil des mois, les camps installés le long de la frontière pour les accueillir ont été débordés par l'afflux des réfugiés. A peine 220.000 places, pour un nombre de déplacés qui a désormais, selon les autorités, franchi le cap du million.

Aujourd'hui, les Syriens se sont installés dans les rues de nombreuses villes de Turquie, où ils vivent de la mendicité et de petits boulots, suscitant de plus en plus d'animosité dans la population locale.

"Ces gens ne travaillent pas. Tout ce qu'ils veulent, c'est de l'aide et, quand il en reçoivent de la part d'organisations non gouvernementales, ils la revendent à bas prix", affirme un résident du quartier qui refuse de donner son nom car il est fonctionnaire et craint d'être inquiété par les autorités.

- "Potentiellement explosif" -

Selon son récit des faits, ce sont les Syriens qui ont mis le feu aux poudres en "insultant" puis en attaquant avec des bâtons une dizaine de jeunes et de femmes du quartier, dont ses deux fils. D'autres bagarres ont éclaté ensuite dans les rues de Hacilar, désormais sous stricte surveillance policière.

Les réfugiés soupçonnés d'être à l'origine des troubles ont été expulsés vers un camp près de la frontière. Et les autres Syriens se font désormais plus discrets. Quelques garçons y parcourent encore les rues en quête de bois de chauffage.

Mais la tension persiste. "Nous avions aidé ces gens, nous leur avions donné de la farine, du pain, et c'est comme ça qu'ils nous remercient !", s'emporte un autre habitant croisé dans la rue. Plus mesuré, son voisin, Ahmet Meyiz, veut croire que "les différences seront réglées avec le temps".

Pas sûr. Car les incidents entre réfugiés et locaux semblent se multiplier ces derniers temps en Turquie.

Vendredi, des bagarres ont été signalés à Hassa, une petite ville du sud-est du pays, non loin de la frontière syrienne, faisant quatre blessés, ont rapporté les médias locaux.

Contactées par l'AFP, les autorités turques insistent, elles, sur le caractère isolé de ces incidents. Mais de nombreux commentateurs commencent à s'en inquiéter, y compris dans les rangs de la presse réputée proche du pouvoir.

"L'incident d'Ankara pourrait constituer la partie émergée de l'iceberg et devenir un véritable fléau à travers toute la Turquie", a estimé Ilnur Cevik dans le quotidien progouvernemental de langue anglaise Daily Sabah.

Même s'il a loué les efforts financiers du régime turc, qui a dépensé plus de 2 milliards de dollars pour accueillir les réfugiés syriens, l'éditorialiste n'a pas hésité à tirer le signal d'alarme face à un problème jugé "potentiellement explosif".

"Ils se sont dispersés à travers toute la Turquie, hors de tout contrôle", a insisté M. Cevik, "il ne s'agit plus seulement d'un problème sécuritaire mais aussi, désormais, d'un problème social".

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