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Israël: le phénomène raciste du "prix à payer"

11/05/2014 10:42 EDT | Actualisé 11/07/2014 05:12 EDT

L'Eglise catholique a condamné dimanche la vague de vandalisme israélien antichrétien et islamophobe à l'approche de la visite du pape François en Terre sainte. Ce phénomène raciste, qui gagne en ampleur, est revendiqué par ses auteurs sous le nom de "prix à payer". Explications.

- Qu'est-ce-que "le prix à payer" ?

Depuis 2008, colons radicaux et activistes juifs d'extrême droite ont commis sous cette appellation --en Israël et en Cisjordanie occupée-- des centaines d'agressions généralement signées du graffiti "Tag Mehir" ("Le prix à payer" en hébreu) tagué sur le lieu de l'attaque.

Ces extrémistes cherchent ainsi à "faire payer" ceux qu'ils jugent hostiles à leurs intérêts, à savoir les Palestiniens, les Arabes israéliens, les chrétiens de Terre Sainte, les militants de gauche et même des soldats israéliens quand ces derniers sont chargés de démanteler certaines colonies "sauvages" de Cisjordanie.

Ces opérations vont du simple graffiti au vandalisme, de la profanation de cimetières et lieux de cultes jusqu'à des agressions physiques.

- Qui est derrière le "prix à payer" ?

Selon des sources de sécurité, citées par le quotidien Haaretz, une centaine de personnes --la plupart des mineurs-- seraient impliquées dans la récente vague de vandalisme, en majorité des disciples du rabbin Yitzhak Ginzburg, qui enseigne dans une yéchiva (école religieuse) de la colonie de Yitzhar, bastion du radicalisme nationaliste-religieux, dans le nord de la Cisjordanie.

Certains revendiquent une affiliation au mouvement raciste anti-arabe "Kach", fondé par le rabbin Méir Kahana en 1971 et mis hors-la-loi en 1994 après qu'un de ses partisans, Baruch Goldstein, eut abattu 29 fidèles musulmans au Tombeau des Patriarches (Mosquée d'Ibrahim), un lieu saint musulman et juif à Hébron (sud de la Cisjordanie).

- Pourquoi le nombre d'attaques est-il en hausse, notamment contre des cibles chrétiennes ?

Le ton est monté chez les colons d'Yitzhar début avril après le déploiement, y compris à l'intérieur de la yéchiva, de policiers et de soldats venus évacuer des constructions jugées illégales par la justice.

Depuis, la police et le Shin Beth, le service de la sécurité intérieure, craignent, selon les médias israéliens, que cette mouvance religieuse ultra-nationaliste, en partie clandestine, ne profite du pèlerinage du pape en Terre sainte, du 24 au 26 mai, pour attirer l'attention des médias et donner de la voix.

Ainsi, depuis début avril, plusieurs lieux de cultes chrétiens ont été vandalisés, des croix arrachées dans une église près de Tibériade (nord d'Israël), et des graffitis insultant l'Eglise et Jésus-Christ retrouvés sur des murs de bâtiments chrétiens à Jérusalem. Des mosquées sont également régulièrement visées.

A la suite de ces attaques, la présence policière a été renforcée autour des sites sensibles, a affirmé à l'AFP le porte-parole de la police israélienne, Micky Rosenfeld.

- Quelle est la réponse des autorités israéliennes à ce phénomène ?

Bien que la police ait procédé à quelques interpellations, elles n'ont donné lieu pour le moment à aucune poursuite.

Les appels au gouvernement à confier le dossier au Shin Beth, comme dans le cas des attentats palestiniens, se multiplient.

Plusieurs ministres et ex-chefs du renseignement demandent que les auteurs de ces actes soient considérés comme des "terroristes" et non simplement comme militants "d'organisations illégales". Ce que refuse jusqu'à aujourd'hui le gouvernement de Benjamin Netanyahu.

Dans son rapport annuel sur le terrorisme publié le 30 avril le département d'Etat américain a pour la première fois cité les actions de "prix à payer", déplorant que leur auteurs soient rarement poursuivis.

dar-agr/faa

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