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Poutine célèbre la victoire en Crimée, mais l'Ukraine s'enfonce dans la violence (VIDÉO)

09/05/2014 07:02 EDT | Actualisé 09/07/2014 05:12 EDT

Vladimir Poutine a provoqué le courroux du gouvernement de Kiev en se rendant vendredi en Crimée pour une nouvelle démonstration de force, alors que l'Ukraine s'enfonce dans la violence avec plus de 20 morts dans des affrontements à Marioupol.

Une soixantaine d'insurgés équipés d'armes automatiques ont attaqué le siège local de la police, a indiqué le ministre ukrainien de l'Intérieur, Arsen Avakov, sur sa page Facebook.

Selon lui, les affrontements ont fait 20 morts parmi les assaillants et un parmi les policiers.

Un journaliste de l'AFP sur place a raconté avoir vu le bâtiment de la police très endommagé et encore partiellement en feu, ainsi que deux corps habillés en civil sous des couvertures.

Au même moment, M. Poutine était à Sébastopol, port d'attache historique de la Flotte russe de la mer Noire en Crimée, pour des célébrations de la victoire de 1945 sur les nazis, fêtée le 9 mai en ex-URSS.

Kiev a aussitôt dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté ukrainienne", qui prouve que "la Russie ne veut pas rechercher d'issue diplomatique".

Les Etats-Unis ont eux aussi dénoncé une visite qui ne fait qu'"exacerber les tensions".

Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a rappelé que l'Alliance ne reconnaissait pas "l'annexion de la Crimée par la Russie".

Le président russe est arrivé vendredi après-midi en Crimée après le traditionnel défilé militaire de la Place Rouge à Moscou, pour son premier déplacement dans la péninsule du Sud de l'Ukraine rattachée en mars à la Russie après l'arrivée au pouvoir de pro-Occidentaux à Kiev.

Il a estimé que ce rattachement avait été un acte de "fidélité à la vérité historique". Soulignant que la Russie respectait les droits et les intérêts des autres pays, il a déclaré qu'elle attendait le respect de ses propres "intérêts légitimes".

- Revue militaire -

Avant de s'exprimer devant la foule, M. Poutine a passé en revue, depuis une vedette, une dizaine de bâtiments de la Flotte russe de la mer Noire, dans la rade de Sébastopol.

Un défilé aérien a ensuite mobilisé des dizaines d'appareils, dont des bombardiers stratégiques.

Le vice-Premier ministre russe Dmitri Rogozine, représentant de M. Poutine pour la Transnistrie, assistait, de son côté, vendredi aux cérémonies militaires menées dans cette région séparatiste pro-russe et russophone de Moldavie, une autre zone sensible défendue par Moscou, et frontalière de l'Ukraine.

La chancelière allemande Angela Merkel avait regretté cette semaine l'annonce d'une telle parade en Crimée, alors que les régions de l'Est ukrainien, où Kiev et les Occidentaux accusent Moscou d'attiser le séparatisme, s'enfoncent dans la violence.

Vendredi matin, M. Poutine avait salué la "force toute puissante du patriotisme" russe pendant la parade militaire de 11 000 hommes et de dizaines de blindés, de lance-missiles, d'hélicoptères et de bombardiers lourds à Moscou commémorant la victoire de 1945 sur l'Allemagne nazie.

Le rattachement en mars de la Crimée à la Russie, dénoncé comme une annexion par Kiev, est à l'origine de la pire crise entre Russes et Occidentaux depuis la fin de la Guerre froide.

En Ukraine, les célébrations ont été plus discrètes. A Kiev, une brève cérémonie a eu lieu dans un parc dominant la ville en présence du Premier ministre, Arseni Iatseniouk.

"Il y a 69 ans nous avons combattu avec la Russie contre le fascisme (...). Aujourd'hui, la Russie a déclenché une guerre contre l'Ukraine", a déclaré M. Iatseniouk.

Les séparatistes ont décidé de maintenir le projet de référendum sur l'indépendance prévu dimanche dans l'est de l'Ukraine, malgré la demande de report faite par M. Poutine.

- Kiev ne renonce pas -

A Donetsk, une unité d'une centaine d'hommes de la garde nationale ukrainienne arrivée en renfort a été prise à partie vendredi par des manifestants et des militants pro-russes armés. Une brève fusillade a fait deux blessés, puis les militaires sont repartis, selon des militants pro-russes qui n'ont pas voulu donner leur nom.

Par ailleurs, le Parquet ukrainien a annoncé avoir ouvert une enquête après la mort d'un prêtre orthodoxe, tué de 8 balles à un point de contrôle des insurgés dans la région.

Dans un entretien téléphonique vendredi, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a enjoint son homologue américain John Kerry de faire pression sur les autorités ukrainiennes pour qu'elles cessent les "opérations militaires" dans le Sud-Est du pays, selon un communiqué du ministère russe.

Jeudi Kiev avait cependant répété qu'il n'avait nullement l'intention de renoncer à rétablir l'ordre dans l'Est, alors qu'il est engagé depuis le 2 mai dans une opération militaire ayant déjà fait des dizaines de morts.

A Slaviansk, fief des rebelles pro-russes, où des tirs et des détonations avaient été entendus dans la nuit, trois blindés légers, dont un arborant un drapeau russe, ont défilé vendredi matin dans le centre ville.

La tension va demeurer vive en Ukraine à l'approche du scrutin présidentiel anticipé du 25 mai pour élire un successeur au pro-Russe Viktor Ianoukovitch, destitué fin février après trois mois de contestation.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, est attendu lundi à Kiev pour soutenir ce scrutin.

L'Union européenne, la Russie et l'Ukraine auront lundi également une nouvelle réunion, au niveau des experts, sur la sécurité de l'approvisionnement de l'Ukraine et de l'UE en gaz russe.

La Russie a annoncé jeudi qu'elle ne livrerait plus son gaz à l'Ukraine que sur prépaiement, en raison d'une dette de 3,5 milliards de dollars - dont Kiev conteste le montant.

Cette mesure peut menacer les livraisons à l'Europe, qui importe le quart de son gaz de Russie, dont près de la moitié via l'Ukraine.

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