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Le Nigeria savait que Boko Haram allait attaquer une école, selon Amnistie

09/05/2014 09:25 EDT | Actualisé 09/07/2014 05:12 EDT

BAUCHI, Nigeria - Les responsables de la sécurité au Nigeria avaient été prévenus que des islamistes allaient attaquer un internat de jeunes filles dans le nord-est du pays, mais n'ont rien fait pour empêcher l'assaut qui s'est soldé par l'enlèvement de plus de 300 adolescentes à la mi-avril, a affirmé Amnistie internationale vendredi.

L'organisation de défense des droits de la personne évoque «de multiples entrevues avec des sources crédibles» et affirme que les forces nigérianes avaient été prévenues, quatre heures à l'avance, de l'attaque imminente de Boko Haram à l'école secondaire de Chibok. Amnistie affirme que l'incapacité de rassembler des troupes à temps et la crainte d'affronter des forces beaucoup mieux équipées ont empêché l'armée de se déployer.

«Cet enlèvement aurait pu être évité», a déclaré une porte-parole d'Amnistie internationale, Susanna Flood.

Plus de 300 filles ont été enlevées, mais 53 d'entre elles ont réussi à s'échapper. Au moins 276 écolières sont toujours portées disparues. Boko Haram, qui veut imposer la loi islamique au Nigeria, a menacé de les vendre.

Le gouvernement du président Goodluck Jonathan est accusé de ne pas faire suffisamment d'efforts pour secourir les jeunes otages. Des experts britanniques sont arrivés au Nigeria vendredi pour contribuer aux efforts de secours internationaux.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a demandé que le groupe Boko Haram soit tenu responsable de ses actes, que certains considèrent comme un crime contre l'humanité. Dans une déclaration adoptée vendredi soir, les 15 membres du conseil expriment leur «profonde indignation» face à l'enlèvement des jeunes filles et réclament leur libération immédiate et sans conditions. Les membres ont également indiqué qu'ils envisageaient d'imposer des sanctions au groupe islamiste.

Les manifestations d'indignation face à cet enlèvement de masse se multiplient à travers le monde et la campagne #BringBackOurGirls continue de prendre de l'ampleur sur les médias sociaux. Des résidants de Chibok ont par ailleurs organisé une manifestation, vendredi, pour presser le gouvernement local d'intensifier ses recherches.

Selon Amnistie internationale, des patrouilleurs civils du village voisin de Gagilam ont alerté les autorités lorsqu'ils ont vu des hommes armés à moto entrer dans leur communauté, le 15 avril.

Deux hauts responsables des forces armées nigérianes ont déclaré à l'organisation qu'ils étaient au courant de l'attaque prévue à Chibok avant même d'avoir été alertés par les patrouilleurs civils. L'un de ces responsables, dont le nom n'a pas été divulgué, a déclaré à Amnistie que les soldats avaient peur d'aller affronter les combattants de Boko Haram.

«Le fait que les forces de sécurité nigérianes savaient qu'un raid de Boko Haram se préparait, mais qu'elles aient échoué à agir immédiatement pour l'empêcher, ne fera qu'accroître le tollé national et international entourant ce crime horrifiant», a affirmé Netsanet Belay, directeur d'Amnistie internationale pour l'Afrique.

Les experts britanniques arrivés vendredi au Nigeria travailleront en étroite collaboration avec des experts américains envoyés eux aussi pour retrouver les jeunes filles. La Chine et la France ont également promis de l'aide, tandis que la vice-première ministre espagnole a annoncé vendredi que son gouvernement avait décidé de fournir des experts policiers pour participer aux recherches, si le Nigeria est d'accord.

Le Royaume-Uni affirme que son objectif n'est pas seulement de retrouver les otages, mais aussi de défaire Boko Haram.

Les extrémistes continuent de mener des attaques dans le nord-est du Nigeria. Un responsable du gouvernement local a confirmé, vendredi, qu'ils avaient bombardé en début de semaine un pont reliant la ville de Gamboru à Maiduguri, capitale de l'État de Borno et siège de l'offensive militaire nigériane. L'attaque aurait fait de 100 à 300 morts.

Selon des responsables locaux de la sécurité, les insurgés ont bombardé le pont en se retirant de Gamboru après l'attaque contre le principal marché de la ville, qui a fait au moins 50 morts.

Les communications avec cette région sont difficiles et il n'a pas été possible dans l'immédiat de savoir à quel moment exactement le pont a été bombardé. Certaines sources indiquent que l'attaque s'est produite lundi, tandis que d'autres affirment qu'elle a eu lieu mardi.

La destruction du pont empêche les convois militaires d'atteindre Gamboru, tout en laissant le champ libre à la fuite des extrémistes vers le Cameroun voisin par un autre pont stratégique.

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