POLITIQUE

Des médecins demandent au gouvernement Couillard de défendre le régime public

09/05/2014 02:19 EDT | Actualisé 09/07/2014 05:12 EDT
PC

MONTRÉAL - Le regroupement Médecins québécois pour un régime public (MQRP) demande au gouvernement Couillard de s'engager clairement à défendre le système de santé public dans la province.

Le président de l'organisme, le docteur Alain Vadeboncoeur, s'est dit inquiet des propos du premier ministre Philippe Couillard qui, en campagne électorale, a manifesté à plusieurs reprises son ouverture au développement de la prestation de services par le secteur privé, notamment par la proposition de mettre sur pied 50 supercliniques.

Bien que M. Couillard et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, se soient engagés à maintenir le financement public et universel du régime, le docteur Vadeboncoeur fait valoir que l'approche préconisée ouvre la porte à la privatisation.

«C'est une question d'échelle. Si l'on crée des mini-hôpitaux à tour de bras pour faire des chirurgies d'un jour, du moment où cette force est mise en place, même si le gouvernement actuel s'engage à ne jamais permettre une assurance privée pour fournir à ces cliniques des patients qui auraient les moyens de payer, peut-être que dans 10 ou 15 ans ce serait autre chose», a noté le médecin, vendredi.

L'approche l'interpelle d'autant plus que l'on s'apprête à se débarrasser de ressources publiques pourtant déjà disponibles.

«Regardez l'Hôtel-Dieu de Montréal qu'on pense fermer. Il y a là beaucoup de salles d'opérations, beaucoup de ressources qui pourraient être utilisées pour faire des choses qui n'ont pas besoin d'être réalisées en dehors de l'hôpital», a-t-il dit.

Le docteur Vadeboncoeur n'a pas caché non plus ses appréhensions face au discours d'austérité tenu par le nouveau gouvernement libéral.

Il a fait valoir que certaines pistes visant à améliorer l'accès aux soins sont déjà connues et, à ce sujet, il a invité le nouveau ministre de la Santé, Gaétan Barrette, à poursuivre les démarches de son prédécesseur péquiste, Réjean Hébert, afin d'éliminer les frais accessoires. Il a rappelé au passage que cette démarche avait fait l'objet d'une motion unanime à l'Assemblée nationale en juin dernier.

Le MQRP se réjouit par ailleurs de l'engagement libéral d'assurer une couverture publique de tous les examens d'imagerie, mais estime toujours pertinent de rehausser l'offre publique, tel qu'initié par le précédent gouvernement.

Le docteur Vadeboncoeur a aussi tenu à rappeler qu'il est temps de réfléchir sérieusement au coût des médicaments, faisant valoir que le Québec est l'un des endroits au monde où les prix sont les plus élevés notamment en raison de la cohabitation d'un régime d'assurance médicaments public et de régimes privés.

«Le fait d'avoir un morcellement des assurances diminue le pouvoir de négociation, a-t-il fait valoir. Les régimes où il y a un meilleur contrôle des coûts ont souvent une couverture publique intégrale avec un très fort pouvoir de négociation et une capacité de contrôler davantage la dispensation des médicaments.

«À tout le moins, il faudrait une réflexion sérieuse là-dessus», a-t-il dit.

Alain Vadeboncoeur s'adressait aux médias en marge du colloque annuel du Collège des médecins du Québec, qui se tenait à Québec vendredi et auquel il était conférencier invité.

Le nouveau ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s'est également adressé aux participants et le docteur Vadeboncoeur a qualifié d'intéressants ses propos, disant espérer qu'il sera à hauteur non seulement de ses ambitions mais aussi de sa réputation.

«Le docteur Barrette a quand même une feuille de route où il a démontré qu'il est capable de faire bouger les choses. Est-ce qu'il sera capable de mobiliser la profession autour d'une nouvelle organisation des soins? Ça reste à voir», a-t-il dit, notant qu'il devra faire davantage que de regrouper les membres d'un syndicat ayant les mêmes intérêts.

«C'est difficile d'agir et de faire bouger des choses dans le réseau de la santé. Il y a tout un défi particulièrement de faire bouger la profession médicale quand il est question d'accès, de transformer les pratiques», a-t-il noté.

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