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Commission Charbonneau: Guy Chevrette nie avoir demandé ou touché un pot-de-vin

09/05/2014 10:29 EDT | Actualisé 09/07/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Guy Chevrette, qui a été ministre des Transports de 1998 à 2002, a catégoriquement nié vendredi devant la Commission Charbonneau avoir touché quelque pot-de-vin que ce soit, comme l'avait laissé entendre un autre témoin, Gilles Cloutier.

Devant la commission d'enquête il y a un an, Gilles Cloutier, représentant de la firme de génie Roche, avait affirmé qu'il avait remis une somme de 25 000 $ pour M. Chevrette par l'intermédiaire d'un ami de celui-ci, Gilles Beaulieu.

Selon M. Cloutier, c'est M. Beaulieu qui lui avait demandé une somme de 100 000 $ pour avoir accès au bureau de M. Chevrette dans le cadre du projet de la route liant Saint-Donat à Lac-Supérieur, dans les Laurentides, alors que M. Chevrette était ministre des Transports.

Toujours selon M. Cloutier, les 75 000 $ restants avaient été remis par un autre cadre de chez Roche.

M. Cloutier avait précisé que tout était passé par l'ami Gilles Beaulieu et qu'il n'avait rien donné directement à M. Chevrette.

Vendredi, M. Chevrette a catégoriquement nié le tout. «Je n'ai jamais demandé de l'argent à qui que ce soit. Je n'ai jamais demandé à quelqu'un d'aller chercher de l'argent, à qui que ce soit. Je n'ai jamais touché d'argent de qui que ce soit. Et, en passant, Roche ne m'a jamais offert quoi que ce soit.»

M. Cloutier avait aussi soutenu que la somme devait servir à M. Chevrette, qui planifiait un long voyage.

Là encore, M. Chevrette a riposté en soulignant que ce voyage d'une durée de 100 jours avec son ami Gilles Beaulieu, en mars 2002, avait été fait après sa démission comme ministre. Et le voyage n'était pas planifié lors de la période visée par Gilles Beaulieu, puisque M. Chevrette a démissionné bien plus tard, mécontent d'un remaniement ministériel qui le reléguait dans un poste moins important. Il ignorait donc, à l'époque visée, qu'il pourrait faire un voyage de 100 jours _ ce qu'un ministre en poste ne peut faire.

Il a précisé que ce voyage a coûté 49 200 $ à lui et son épouse, autant au couple de M. Beaulieu, et qu'il a financé sa part avec les 25 000 $ reçus du Parti québécois en novembre 2001 pour ses 25 années de carrière politique.

Volonté politique

M. Chevrette a toutefois admis que la route de Saint-Donat - Lac-Supérieur était le fait d'une «volonté politique».

Il a toutefois nié toute irrégularité dans le processus de décision avant que la route voit le jour.

La route de 31 kilomètres a été construite au coût de 20 millions $, finalement, grâce à une subvention du ministère des Finances. C'est la MRC Matawinie qui a chapeauté le projet — ce qui était hors normes — non le ministère des Transports. Mais c'est finalement le MTQ qui en a hérité, parce que la région ne voulait pas l'entretenir.

M. Chevrette a affirmé que si des fonctionnaires de la Direction territoriale de Laurentides-Lanaudière n'étaient pas d'accord avec l'idée, ils ne lui ont pas fait savoir et n'ont pas écrit de lettre à cet effet.

Et, de toute façon, il appartient au gouvernement de décider d'un projet de développement touristique dans une région — et c'est ce qu'il a fait, a martelé l'ancien ministre péquiste.

Cloutier une mouche à...

Quant à Gilles Cloutier, qui avait aussi prétendu qu'il y avait eu de la «magouille» dans cette histoire de route, M. Chevrette lui a reproché, comme la veille, d'avoir menti à plusieurs reprises.

Il assure qu'il n'a jamais rencontré M. Cloutier à son bureau — son agenda de ministre, aux dates concernées, ne le mentionne effectivement pas.

Il affirme aussi qu'il n'a jamais joué au golf avec lui, mais qu'il l'y a vu deux ou trois fois. «Je le connaissais à peine madame», s'est-il exclamé, affirmant avoir déjà dû demander une photo de lui à une journaliste qui l'interrogeait à son sujet afin de pouvoir le replacer.

Il ne porte visiblement pas M. Cloutier dans son coeur. «Je vous dirais que c'est le genre de mouche, là... et pas africaine... tsétsé», a-t-il lancé. Il a lancé plusieurs pointes au sujet de Cloutier, parlant avec sarcasme du «témoin vedette» de la commission qui a «dégobillé» sur lui et l'identifiant au procureur de la commission par «votre ami».

M. Chevrette a admis s'être rendu au hockey avec des membres de la famille Desjardins, dont la compagnie, Asphalte Desjardins, a obtenu un contrat pour la route de Saint-Donat. Mais il a assuré qu'il n'a jamais fait de lien entre une partie de hockey et un contrat.

Le procureur de la commission, Me Paul Crépeau, et même la juge France Charbonneau ont insisté pour savoir si M. Chevrette avait déjà fait un voyage avec des entrepreneurs pour lequel il n'aurait pas payé son transport. «Ça me surprendrait, mais je n'ai aucun souvenir», a-t-il répondu.

Son témoignage a eu lieu dans une ambiance plutôt tendue. M. Chevrette s'est permis quelques remarques au sujet du travail de la commission et s'est plaint du fait que la commission n'ait pas voulu l'entendre plus tôt, lorsque Gilles Cloutier l'a éclaboussé il y a un an. La juge Charbonneau a tenu à lui répliquer. «Ça fait longtemps qu'on vous a offert de nous rencontrer et à chaque fois cette offre était déclinée», a-t-elle dit.

Son témoignage est terminé. La commission entendra un nouveau témoin lundi, dont elle n'a pas encore révélé l'identité.

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