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L'Afghanistan aura encore besoin d'aide pour longtemps, croit Louise Arbour

09/05/2014 06:53 EDT | Actualisé 09/05/2014 06:53 EDT
ASSOCIATED PRESS
Female supporters of Afghan presidential candidate Ashraf Ghani Ahmadzai listen to his speech during a campaign rally for women a day after International Women's Day in Kabul, Afghanistan, Sunday, March 9, 2014. Ten Afghan presidential candidates are campaigning in the presidential election scheduled for April. (AP Photo/Massoud Hossaini)

Les institutions afghanes ne s'écrouleront pas après le départ des troupes étrangères, mais elles resteront fragiles et auront besoin d'un soutien occidental accru pour les prochaines années, soutient Louise Arbour, qui préside l'ONG International Crisis Group, dont le but est de résoudre les conflits et prévenir les tragédies humaines.

Les troupes de l'OTAN quitteront l'Afghanistan en décembre 2014. Ce pays, qui était encore récemment sous le joug des talibans, a connu un changement de culture politique spectaculaire en un peu plus de 12 ans, a constaté Mme Arbour en entrevue à l'émission 24/60. « Les élections se sont très bien passées. (...) Ça s'est beaucoup mieux passé que ce qu'on pensait », a-t-elle reconnu.

Le premier tour des élections n'a pas été entaché de violences importantes, même si les talibans avaient menacé de s'en prendre à ceux qui se rendraient aux urnes.

Le second tour de l'élection, qui doit avoir lieu fin mai, pourrait toutefois se dérouler dans un climat plus tendu. Profitant de la période estivale qui s'en vient, les talibans ont annoncé qu'ils lanceraient une grande offensive. « Ça risque d'être beaucoup plus dangereux », a prédit Mme Arbour, qui a déjà oeuvré comme haute-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme et juge à la Cour suprême du Canada.

Cette annonce était tout à fait prévisible, selon Mme Arbour. « On [s'attend] toujours à une offensive pour la période printemps-été », a-t-elle souligné.

Mais avec le retrait prochain des troupes occidentales, les talibans seront privés d'un argument important dont ils se sont longtemps servis pour justifier leurs attaques, pense Mme Arbour.

« Le retrait des internationaux va enlever aux talibans une partie de la fondation de leur rébellion, qui est toujours de pousser les étrangers à l'extérieur de leur pays », a-t-elle expliqué.

Des élections démocratiques; des institutions archaïques

Une fois les élections terminées, il faudra aussi voir si les élus afghans se montreront favorables à la question des droits de la personne. Si les institutions afghanes ne sont pas aussi fragiles aujourd'hui qu'elles ne l'étaient lors du retrait des troupes soviétiques en 1989, elles ont encore besoin d'un soutien occidental, sur le plan militaire notamment. Mais ce soutien risque de ne pas suivre, prévient Mme Arbour.

« Quand on n'est plus engagé militairement, ce n'est pas évident qu'il va y avoir un soutien financier et politique continue pour accompagner l'Afghanistan pour la prochaine décennie. » — Louise Arbour, présidente de l'ONG International Crisis Group

Si l'armée et la police afghane ont bénéficié d'un soutien financier occidental accru au cours des dernières années, l'appareil judiciaire demeure quant à lui à la traîne et reste peu « crédible », selon Mme Arbour. « On va avoir un pays où l'appareil législatif ne s'est pas montré toujours très sympathique à l'égard des femmes », a-t-elle indiqué.

La guerre en Afghanistan, qui a débuté en 2001, n'est pas une exception lorsqu'on la compare aux autres conflits qui ont secoué la planète ces dernières années, croit Mme Arbour.

« C'est un conflit comme beaucoup de conflits qui n'ont pas de fins traditionnelles avec une victoire qui est tangible, avec une capitulation. La plupart des conflits auxquels nous faisons face présentement ont des fins sans date », a-t-elle conclu.

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