NOUVELLES

Thaïlande: la PM déchue Yingluck Shinawatra est mise en accusation

08/05/2014 10:01 EDT | Actualisé 08/07/2014 05:12 EDT

BANGKOK - La commission anticorruption thaïlandaise a déposé jeudi des accusations de manquement aux devoirs contre la première ministre déchue Yingluck Shinawatra, en lien avec sa gestion d'un programme de subventions des cultures de riz.

Ces accusations surviennent au lendemain de la décision d'un tribunal de la chasser de son poste, en compagnie de neuf membres de son gouvernement, pour abus de pouvoir.

On reprochait à Mme Yingluck d'avoir permis à ce programme — une des politiques les plus populaires de son administration — d'aller de l'avant, même si des experts prévenaient qu'il ouvrait la porte à la corruption et au gaspillage.

La décision de la Commission nationale anticorruption n'aura que peu d'impact, puisque Mme Yingluck a déjà été évincée de son siège de première ministre. Elle risque toutefois d'empoisonner encore davantage une ambiance politique déjà toxique et fortement polarisée. Plusieurs des partisans de Mme Yingluck sont déjà convaincus que les forces conservatrices du pays contournent les règles pour reprendre le pouvoir.

Une multitude de décisions rendues contre Mme Yingluck et sa formation politique par différentes agences et différents tribunaux a déjà miné la confiance du public envers la primauté du droit, ce qui fait craindre à une intensification de l'instabilité sociale.

Des grenades ont notamment été lancées, jeudi soir, contre des cibles associées au mouvement royaliste. L'identité des responsables n'est pas connue.

Des rassemblements populaires prévus vendredi et samedi par les partisans et les adversaires de Mme Yingluck mettront à l'épreuve l'instabilité politique du pays.

Le programme de subventions des cultures de riz a coûté des milliards de dollars au gouvernement, en plus de déloger la Thaïlande de sa position de principal exportateur mondial de riz quand les prix gonflés artificiellement ont contraint le gouvernement à stocker les récoltes.

Le chef de la Commission nationale anticorruption, Panthep Klanarongran, a déclaré que les commissaires ont voté unanimement en faveur du dépôt d'accusations contre Mme Yingluck. Ils estiment que l'ancienne première ministre, qui était responsable du Comité national de la politique du riz, aurait dû abolir le programme quand elle a été informée des risques.

La commission a toutefois précisé qu'on ne sait pas si Mme Yingluck a elle-même trempé dans la corruption ou si elle a fermé les yeux sur des gestes de corruption.

Mme Yingluck fera maintenant l'objet d'un vote de destitution au Sénat. Si les trois-cinquièmes des sénateurs votent en faveur de sa destitution, elle sera chassée de la scène politique pour les cinq prochaines années.

PLUS:pc