NOUVELLES

Pakistan: meurtre d'un avocat impliqué dans une cause de blasphème (responsables)

08/05/2014 01:30 EDT | Actualisé 07/07/2014 05:12 EDT

Des avocats pakistanais faisaient grève jeudi pour protester contre le meurtre d'un de leur collègue qui défendait un professeur d'université accusé d'avoir porté atteinte au prophète Mahomet, un crime passible de la peine de mort au Pakistan d'après la loi controversée sur le blasphème.

Tard mercredi soir, des hommes armés ont ouvert le feu sur Rashid Rehman et deux de ses assistants à Multan, ville du sud de la province centrale du Penjab, la plus peuplée du pays, a dit à l'AFP Zulfiqar Ali, un haut responsable de la police locale.

Les trois hommes ont été transportés d'urgence à l'hôpital Nishar où le décès de Rashid Rehman, criblé de cinq balles, a été constaté, ses deux assistants ayant quant à eux été blessés.

En réaction à ce dernier meurtre en date de personnalités défendant des personnes accusées de blasphème, des avocats de la ville conservatrice de Multan ont protesté jeudi.

"Aucun avocat ne se présentera en cour aujourd'hui, nous sommes endeuillés par la mort de notre collègue Rashid Rehman et nous exigeons l'arrestation immédiate des meurtriers", a déclaré à l'AFP le président du barreau de Multan, Zaman Qureshi.

Rashid Rehman avait accepté en début d'année de prendre la défense de Junaid Hafeez, maître de conférence à l'université Bahauddin Zakariya accusé d'avoir dénigré le prophète Mahomet en mars 2013. Aucun avocat n'avait jusque là accepté de défendre cette cause hyper-sensible.

La loi pakistanaise sur le blasphème, accusée par les libéraux d'être instrumentalisée pour régler des conflits personnels mais défendue bec et ongles par les islamistes, prévoit la peine de mort pour les personnes dénigrant Mahomet.

Le gouverneur du Penjab Salman Taseer et le ministre des minorités Shahbaz Bhatti, favorables à une réforme de cette loi controversée, avaient déjà été assassinés en 2011. Récemment, une mosquée de la capitale Islamabad a même été baptisée Mumtaz Qadri, en hommage à l'assassin de M. Taseer.

Lors d'une première audience dans l'affaire du professeur d'université, en mars dernier, M. Rehman avait été menacé de mort par les avocats du plaignant.

"Les avocats lui avaient dit qu'il ne serait pas présent à la prochaine audience car il serait mort", avait déploré la Commission pakistanaise des droits de l'Homme (HRCP), un organisme indépendant dont M. Rehman était le représentant à Multan.

"Mais il n'avait peur de rien. Lorsque des collègues et des amis lui demandaient de ne pas défendre des dossiers sensibles, il répondait qu'il ne fallait pas avoir peur de la mort, car une seule piqûre de moustique pouvait suffire à vous tuer", se souvient un ami, Allah Dad Khan.

Selon un rapport de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, le Pakistan est de loin le pays qui emprisonne le plus de citoyens soupçonnés de porter atteinte à la religion, principalement l'islam.

Début avril, un tribunal avait ainsi condamné à la peine capitale un couple de chrétiens pour avoir envoyé à un imam de simples textos portant atteinte au prophète Mahomet.

wh-asq-gl/ml

PLUS:hp