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L'ANC, l'ancien mouvement de libération qui écrase la vie politique sud-africaine

08/05/2014 10:04 EDT | Actualisé 08/07/2014 05:12 EDT

Vainqueur des législatives pour la cinquième fois depuis 1994, l'ANC écrase la vie politique sud-africaine depuis qu'il a pris le pouvoir, mais a réussi à éviter les dérives autoritaires qui furent la marque de bien des "partis de libération" du continent.

Le parti, qui a fêté ses 100 ans en 2012, reste pour la majorité des Sud-Africains le parti de Nelson Mandela, et le parti qui a abattu l'apartheid. Malgré les difficultés du pays et la grogne sociale, il s'est imposé de nouveau avec un peu plus de 60% des suffrages.

A l'époque de la lutte contre le régime ségrégationniste, la plupart de ses dirigeants ont passé de nombreuses années en prison --vingt-sept pour Mandela, dix pour le président actuel Jacob Zuma--, se sont cachés, ou ont dû prendre le chemin de l'exil à l'époque de la lutte contre le régime ségrégationniste.

Pour le monde entier, l'ANC a été incarné par la personnalité de "Madiba", libéré en février 1990. Après quatre années de difficiles négociations pendant lesquelles le pays a failli sombrer dans la guerre civile, l'ANC a brillamment remporté les premières élections multiraciales avec près de 63% des voix. Et Mandela est devenu le premier président noir du pays.

Pendant ses années de lutte après l'instauration systématique de l'apartheid en 1948, l'ANC était dans le camp soviétique (et considéré comme terroriste par les Etats-Unis, entre autres), soutenu par toutes les jeunes démocraties populaires africaines à leur indépendance. Le parti est depuis allié au parti communiste sud-africain et aux syndicats.

Fidèle en amitié, l'ANC a gardé des liens très forts avec ses anciens frères d'armes pourtant fort peu démocrates, de l'Angola au Zimbabwe. S'il n'a plus l'occasion de célébrer son amitié avec le leader libyen Mouammar Kadhafi, il est resté proche du régime nord-coréen.

Mais contrairement aux parti frères arrivés au pouvoir plus tôt que lui, le plus vieux "mouvement de libération" d'Afrique a jusqu'à présent globalement résisté aux tentations autoritaires.

Dans l'euphorie de l'effondrement de l'apartheid, le parti de Nelson Mandela a même instauré l'une des Constitutions les plus libérales du monde. La démocratie est dynamique, le pouvoir judiciaire est fort, la presse libre est souvent critique, les homosexuels peuvent se marier et adopter...

Une grande Eglise

Dans la pratique, on a pourtant souvent du mal à distinguer le parti du gouvernement, et l'ANC a établi une solide base clientéliste sur le terrain en vingt ans de pouvoir.

Et le mouvement, qui historiquement était celui qui protestait (contre l'apartheid), a du mal à admettre que d'autres puissent manifester contre son pouvoir. La DA, le principal parti d'opposition, en a récemment fait les frais, et une bataille rangée a été évitée de peu. L'ANC est aidé par ses ligues --de la jeunesse, des femmes et des "vétérans"--, le parti communiste et les syndicats, toujours prêts à le défendre à la moindre attaque.

Le président Jacob Zuma est en outre régulièrement accusé de vouloir renforcer son pouvoir. Il a dit à plusieurs reprises que la justice ne devrait pas empêcher le gouvernement de travailler, plaçant des amis aux postes clefs. Il a fait voter une loi qui menace d'envoyer en prison les journalistes qui publieraient des données classées secrètes. Il fait tout pour étouffer les nombreuses affaires de corruption qui éclaboussent le parti.

Alors que ses débats internes deviennent autant d'affaires nationales, l'ANC reste une "grande Eglise" rassemblant des sensibilités qui parfois n'ont en commun que d'avoir lutté contre l'apartheid.

Membre de l'Internationale socialiste, le parti mène une politique globalement libérale depuis qu'il est au pouvoir, même s'il n'a pas complètement rejeté ses tentations marxistes.

Jugeant qu'il est trop à droite et n'a pas assez fait pour réduire les inégalités depuis vingt ans, le syndicat des métallos Numsa --le plus puissant du pays-- a décidé de ne plus le soutenir. Et les nouveaux "Combattants pour la liberté économique" du tribun populiste Julius Malema --exclu de l'ANC en 2012-- offrent désormais une alternative radicale à gauche.

Enfin, si l'ANC compte encore quelques figures blanches (notamment des communistes), métisses ou indiennes qui l'ont rejoint dans sa lutte pour l'égalité de tous, il ressemble de plus en plus à ses électeurs, très majoritairement noirs. Et la jeune génération l'est presque exclusivement.

liu/cpb/jpc

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