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Un tribunal a ordonné l'éviction de la première ministre de la Thaïlande

07/05/2014 06:30 EDT | Actualisé 07/07/2014 05:12 EDT

BANGKOK - Un tribunal thaïlandais a ordonné mercredi à la première ministre Yingluck Shinawatra et à plusieurs membres de son gouvernement de démissionner, ce qui plonge le pays dans un chaos encore plus profond.

La décision représente une victoire pour les manifestants qui tentent de chasser Mme Yingluck du pouvoir depuis six mois, mais ne fait rien pour résoudre la crise politique qui secoue le pays.

La Cour constitutionnelle a conclu que la première ministre a abusé de son pouvoir quand elle a transféré un haut fonctionnaire à un autre poste en 2011. Le tribunal a jugé que le transfert avait été effectué au profit de sa famille politique et, par conséquent, qu'il violait la constitution, une accusation niée par la première ministre.

Le jugement entraîne aussi l'expulsion de neuf membres du cabinet, mais plus d'une vingtaine d'autres conservent leurs postes. Le vice-premier ministre Niwattumrong Boonsongpaisan a été rapidement nommé chef de gouvernement intérimaire.

Apparemment détendue, Mme Yingluck s'est adressée aux Thaïlandais à la télévision deux heures après le jugement. Elle a remercié ses partisans, avant de rappeler qu'elle a été élue démocratiquement et de répéter son innocence.

«Nous avons toujours été honnêtes dans notre gestion du pays et nous n'avons jamais été corrompus, comme on nous le reproche», a déclaré la femme de 46 ans qui a été portée au pouvoir il y a trois ans.

La décision représente une victoire pour les adversaires de Mme Yingluck, qui sont principalement issus de l'élite urbaine et du sud du pays. Ils ont organisé des manifestations populaires musclées et parfois violentes dans les rues de Bangkok pour réclamer son remplacement par un leader intérimaire non élu.

La décision plonge toutefois le pays dans l'incertitude politique et certains craignent que l'éviction de la première ministre ne conduise à plus de violence. Plus d'une vingtaine de personnes ont été tuées depuis le mois de novembre et des centaines d'autres ont été blessées.

Des doutes planent également sur la tenue de nouvelles élections prévues en juillet, ce qui risque de susciter la colère des partisans — principalement ruraux — de Mme Yingluck. Ceux-ci ont annoncé la tenue d'une grande manifestation à Bangkok samedi.

«Notre position est claire, a déclaré Jatuporn Prompan, le leader des Chemises rouges qui appuient Mme Yingluck. Si un premier ministre illégal est nommé, nous nous battrons. S'il y a un coup d'État, nous nous battrons.»

On ne sait pas si les adversaires de la première ministre obtiendront satisfaction, notamment en ce qui concerne la formation d'un comité pour nettoyer la corruption et lutter contre l'influence de la famille de Mme Yingluck.

Mme Yingluck et son parti Pheu Thai demeurent extrêmement populaires parmi les pauvres qui composent la majorité de la population thaïlandaise, surtout dans le nord et le nord-est du pays. Elle est toutefois méprisée par les classes moyennes et supérieures de Bangkok, qui voient en elle une marionnette de son frère, l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra.

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