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Un musée de Berne, légataire de Cornelius Gurlitt, le collectionneur au "trésor nazi"

07/05/2014 12:55 EDT | Actualisé 07/07/2014 05:12 EDT

Le Musée des Beaux-Arts de Berne, la capitale helvétique, est devenu à sa grande surprise le légataire d'une fabuleuse collection de l'allemand Cornelius Gurlitt, au domicile duquel avaient été retrouvées des oeuvres d'art volées à des juifs.

Le Musée a indiqué dans un communiqué avoir été "informé par un message téléphonique et écrit de Me Christophe Edel, l'avocat de M. Cornelius Gurlitt, décédé le 6 mai 2014".

Des centaines d'oeuvres d'art dont des toiles de maîtres volées à des juifs sous le nazisme, avaient été retrouvées il y a deux ans chez M. Gurlitt, un vieil homme solitaire et discret, vivant au milieu de chefs d'oeuvre et de réserves de conserves périmées.

Sans enfant, Cornelius Gurlitt avait une soeur, déjà décédée.

Selon ce message de l'avocat, "M. Cornelius Gurlitt a institué pour légataire universel, la fondation de droit privé du Musée des Beaux-Arts de Berne", indique le communiqué.

Le Musée bernois s'est déclaré surpris et très étonné de ce choix et a indiqué n'avoir "jamais, à aucun moment, entretenu la moindre relation" avec le collectionneur allemand.

Il reconnaît encore que ce legs, dont la valeur n'a pas été avancée mais qui, selon les médias allemands, se chiffrent en dizaines de millions d'euros et pourrait même atteindre un milliard d'euros, "pose toute une série de questions épineuses, notamment de nature juridique et éthique".

Le Musée déclare encore attendre d'avoir consulté les documents de ce legs et pris un premier contact avec les autorités compétentes, avant d'adopter "une position concrète et factuelle".

Le musée de Berne est le plus vieux musée de Suisse doté d'une collection permanente et non des moindres puisqu'elle compte des Monet, Picasso, Giacommetti, Rothko, Dali entre autres.

L'affaire Gurlitt a éclaté en novembre 2013, avec un scoop du magazine allemand Focus, qui révélait qu'une perquisition menée 20 mois plus tôt, en 2011, chez Cornelius Gurlitt à Munich avait permis la découverte de 1.280 oeuvres d'art, dont certaines étaient présumées avoir été volées à des juifs sous le nazisme.

Cet ensemble comporte des dessins, et des huiles notamment signées Chagall et Matisse. Plus de 200 autres tableaux ont été trouvés dans un autre domicile de M. Gurlitt, à Salzbourg en Autriche.

Cornelius Gurlitt avait hérité ces oeuvres de son père, marchand d'art et ancien directeur de musée, mort en 1956.

Son père, Hildebrand Gurlitt, avait été laissé libre par l'armée américaine après la guerre et avait récupéré sa collection découverte à Hambourg par les Alliés.

L'enquête a montré que de nombreuses oeuvres avaient été décrochées des musées allemands et vendues légalement par le Reich.

Une autre partie de la collection avait été acquise par la famille Gurlitt avant 1930.

Un accord avait été conclu par Gurlitt avant sa mort avec l'Etat allemand concernant 590 oeuvres environ, pour lesquelles les descendants des anciens propriétaires spoliés ont un an pour se faire connaître et valoir leurs droits. La saisie sur les autres tableaux a été levée.

Cet accord ne concerne pas les tableaux retrouvés en Autriche.

Le choix de ce musée par ce collectionneur hors norme, qui affirmait sur son site internet récemment créé qu'il "voulait simplement vivre avec ses tableaux, en paix et dans la tranquilité", reste pour le moment un mystère.

Cornelius Gurlitt connaissait la ville de Berne. Ses ennuis avec le fisc allemand avaient commencé après qu'il eût été trouvé par des douaniers avec de l'argent liquide dans un train arrivant de Suisse. Il avait expliqué que cet argent venait de la vente d'un tableau dans une galerie d'art de Berne, la galerie et maison d'enchères Kornfeld.

Il est également possible que les tableaux ne soient pas autorisés à sortir d'Allemagne. Selon un porte-parole du ministère de la Culture de Bavière, une commission d'historiens d'art va devoir examiner si certains de ces tableaux ne sont pas interdits de sortie du pays en vertu de la législation allemande.

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