NOUVELLES

Ukraine: l'OSCE tente de traiter avec une Russie inflexible

07/05/2014 05:13 EDT | Actualisé 07/07/2014 05:12 EDT

Le président en exercice de l'OSCE, le Suisse Didier Burkhalter, se rend mercredi à Moscou à la rencontre du président Vladimir Poutine pour évoquer la crise ukrainienne, dossier sur lequel la Russie s'est montrée jusqu'ici intraitable.

A quelques heures de la rencontre, le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a donné le ton, accusant une nouvelle fois les Européens de fermer les yeux sur la montée du "fascisme" en Ukraine.

"Ce qui s'est produit à Odessa le 2 mai, c'est du fascisme pur et simple", a-t-il dit en référence à la mort dans un incendie vendredi d'une quarantaine de militants prorusses dans le sud de l'Ukraine.

La visite de M. Burkhalter intervient dans le cadre d'une nouvelle offensive diplomatique des Européens pour tenter de trouver une issue pacifique.

Le responsable, également président de la Confédération helvétique et chef de la diplomatie suisse, a appelé mardi à "un suivi de Genève", en référence à l'accord diplomatique conclu le 17 avril entre l'Ukraine, la Russie, l'UE et les États-Unis, pour une désescalade de la situation dans l'Est.

Il a aussi réclamé un "cessez-le-feu" pour permettre la tenue de l'élection présidentielle prévue le 25 mai.

Les Occidentaux jugent crucial que ce scrutin se déroule correctement, faute de quoi l'Ukraine glisserait vers "le chaos et le risque de guerre civile", selon les termes employés par le président français François Hollande.

L'élection doit permettre de choisir le successeur du président Viktor Ianoukovitch, un proche de Moscou renversé en février.

La Russie, qui refuse de reconnaître les autorités provisoires mises en place depuis à Kiev, a déjà fait savoir qu'elle jugeait "absurde" de tenir des élections dans le contexte actuel de violences.

Des tractations diplomatiques sont également prévues mercredi à Kiev, où le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, est arrivé mardi soir.

"Il y a bien sûr beaucoup de choses à discuter", a-t-il déclaré. Outre les questions liées à la mise en place de l'accord de Genève, "il y a aussi les énormes défis de sécurité et économiques".

L'Ukraine a reçu un premier prêt de 3,19 milliards de dollars dans le cadre du plan d'aide de 17 milliards de dollars décidé fin avril par le FMI.

Mardi, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Dechtchitsa, avait requis l'envoi "d'observateurs internationaux en Ukraine pour surveiller les élections".

Le scrutin devra être "libre et démocratique" en dépit du risque de "menaces et provocations extérieures soutenues par la Russie", selon lui.

- Drapeau russe retiré -

A Slaviansk même, épicentre des affrontements qui opposent les prorusses aux forces régulières ukrainiennes, des tirs à l'arme lourde et des rafales de fusils automatiques ont retenti dans la nuit de mardi à mercredi.

"Ce matin, il y a eu des combats aux points les plus chauds", a confirmé à l'AFP la porte-parole des insurgés, Stella Khorocheva. "Rien n'arrêtera les nazis".

Le drapeau russe, qui flottait depuis des semaines sur la mairie de Slaviansk, n'y était plus visible mercredi matin. La porte-parole n'a pas confirmé son retrait mais a émis l'hypothèse qu'il ait pu être "abîmé" ou enlevé pour "faire comprendre au reste du monde qu'il n'y a pas de soldats russes ici".

Quant au leader séparatiste de Slaviansk, Viatcheslav Ponomarev, qui n'est plus apparu devant la presse ces derniers jours, il est "vivant et en bonne santé", a-t-elle affirmé.

Le bassin minier du Donbass, frontalier de la Russie, est la zone la plus touchée par les troubles séparatistes qui se sont multipliés.

Les rebelles prorusses ont annoncé pour le 11 mai la tenue d'un référendum sur la "déclaration d'indépendance" de la république autoproclamée de Donetsk.

Pour le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, il s'agirait d'un "simulacre" de consultation. "On est en train de répéter le scénario de la Crimée", s'est insurgée la porte-parole de la diplomatie américaine, Jennifer Psaki, en référence au référendum controversé qui avait abouti en mars au rattachement de la Crimée à la Russie.

Les Occidentaux se montrent de plus en plus alarmés par la tournure prise ces derniers jours par les événements en Ukraine, où des dizaines de personnes ont péri dans des violences depuis vendredi.

"Les images qui nous parviennent sont effrayantes et nous ne sommes plus très éloignés d'une confrontation militaire en Ukraine", avait estimé mardi le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. "Personne ne devrait se méprendre et croire qu'il n'y a un risque et une menace que pour l'Ukraine. A travers ce conflit, c'est toute l'architecture de la sécurité de l'Europe qui pourrait être détruite".

La crise pourrait d'ailleurs conduire l'Otan à envisager une présence militaire permanente dans ses pays membres en Europe de l'Est: "Je pense que nous devrions y réfléchir", avait estimé mardi le général Philip Breedlove, commandant des forces de l'Otan en Europe.

bur-ahe/neo/jh

PLUS:hp